★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives juillet 2005

C'est l'amour à la plage (ahou tcha tcha tcha)

Hier après-midi, sur une plage. Je passe prendre un sandwich avant de retourner au boulot, et je me laisse tomber sur une chaise en plastique, les pieds dans le sable. Je regarde la mer en pensant à ce que j’ai à faire.

Le type se plante devant moi, à moins de deux mètres. Il est torse nu et en short. Sa peau blafarde suinte la crème solaire. Il écarte largement les jambes, et dodeline de la tête en me regardant, avec un sourire satisfait. Tout en lui hurle sa question muette : “t’as vu mes couilles ?”

Il n’essaie pas de me draguer ni de me provoquer. Il est juste super-content. De ses bourrelets qui crament sous les UV-A et les UV-B, de sa copine qui le rejoint bientôt et qui pue le monoï, de ses vacances à deux balles sur une plage qui sent le graillon, et de ses couilles, donc, qui prennent le frais sous mon nez pendant que je mords dans mon casse-dalle. Dans une semaine, il reprendra le volant de sa Volkswagen et il retournera bosser onze mois d’affilée. Là, il aura son gentil costard-cravate de cadre morne. Mais en attendant, il s’offre un peu de détente en retrouvant ses instincts de primate.

Les touristes qui font la joie des commerçants de mon coin commencent sérieusement à me gonfler.

Considérations commerciales

A Trouducul-sur-Mer, il y a trois journaux locaux : celui à qui je vends des articles-pas-intéressants-mal-payés, celui qui se vautre dans l’abjection totale pour vendre du papier (par exemple en titrant “C’est vos enfants qu’on menace !” en gras et sur cinq colonnes, à propos d’une misérable affaire de trafic de shit), et celui qui caracole en tête des ventes.

Avec le premier, ma mission était simple : augmenter les ventes. Sans me vanter, c’est pas très compliqué de le faire au coup par coup. Il suffit d’un bon papier d’ambiance bien senti sur le thème “Ah ! Comme c’était mieux avant…” avec deux ou trois cartes postales d’époque, et roule ma poule, le tirage est épuisé en quelques heures. Autres ficelles pas trop fatigantes : un portrait du médecin qui soigne 90 % de la population, un autre du curé, etc… (Faut vraiment avoir faim, entre nous, pour se laisser aller à d’aussi misérables occupations. Encore six mois de collaboration[1] à ce truc et je me pends avec mon intestin grêle).

Bon, ça marche, mais pas dans la durée. Passé l’engouement compulsif, les gens reviennent au troisième journal, le leader indétrônable.

Vous savez pourquoi ? Parce que sa page des avis de décès est de loin la plus complète. Si.

Note

[1] Ouais, je serai tondu à la libération.

Considérations culinaires

Plus il y a de pizzas sur le marché, et moins c’est facile d’en manger une bonne. Heureusement que je suis là.

J’ai essayé toutes les variétés surgelées (pâte fine, pâte pan, pâte épaisse, américaine, italienne, albanaise, cuite au feu de bois, cuite au four à pierre, pas-cuite-qui-lève-dans-ton-four, au fromage, au double-fromage, au triple-fromage, artisanale, industrielle, micro-ondable, bien garnie, mal foutue, et j’en passe). Après, comme je suis un aventurier, j’ai aussi tenté celles du rayon frais (en gros : des ronds blancs écoeurants et épais, sur lesquels un malfaisant a tartiné du vomi teinté en rouge). Puis je suis allé à la pizzeria de ma ville mon village (pâte sans sel, champignons de conserve, coulis de tomate transgénique). Finalement, j’ai aussi essayé le cul du camion (le must : pâte molle façon chewing-gum, garniture sans goût, et surtout, surtout, cet horrible fromage en tube qu’on étale en appuyant, et qui fait “sprotch” en sortant, comme de la mauvaise mayonnaise. Bilan : deux comprimés d’Oxyboldine).

J’ai cru que j’étais définitivement dégoûté.

Et puis, heureusement, ma nature optimiste a repris le dessus. J’ai fini par manger une excellente pizza, qui m’a réconcilié avec l’espèce humaine. Comme le cuistot c’était moi et que je ne suis pas chien, je vous donne ma recette.

On prend une bonne dose de farine de type 65, on ajoute un peu de sel et un sachet de levure boulangère sèche. On mouille avec de l’eau tiède, et on pétrit longuement (si possible dans le mixer, c’est moins fatigant et c’est plus énergique). On forme une boule, on la met dans un saladier recouvert d’un torchon pas trop douteux, on dispose le saladier au-dessus d’un récipient d’eau très chaude, et on fait lever 40 minutes environ. Pendant ce temps-là, on fait blondir des petits oignons à feu doux (et à l’huile d’olive), et on dénoyaute des olives noires, si possible de Nice (super-chiant, à dénoyauter…). On met aussi son four à préchauffer à 240° et on pèle ses tomates (pour peler des tomates, on les incise en croix sur le dessus et on les plonge une minute dans l’eau bouillante : y a plus qu’à tirer sur les pointes sans se brûler). Si on est courageux, on les épépine aussi (mais moi, non).

Quand la pâte est levée, on l’étale gentiment, dans les 5 mm d’épaisseur. On pose doucement ses tomates préalablement pelées et concassées (en virant un maximum d’eau si on ne veut pas servir une éponge chaude à ses invités), on ajoute les oignons dorés, les olives, on sale, on poivre, on saupoudre généreusement de marjolaine et d’un soupçon de thym, on verse quelques gouttes d’huile d’olive pour le parfum, et on a le droit de mettre du fromage, mais uniquement du Comté (du vrai, de l’affiné 18 mois, pas de la merde en plastique) parce que le premier qui me trouve de la vraie mozzarella de bufflonne en France, je le nomme chevalier de l’ordre du Gastéropode Lumineux. Les autres trucs débiles (jambon, champignons de Paris, merguez, coeurs d’artichaut (!), chorizo, moules en boîte, thon, etc…), vous pouvez les laisser à Tino, le pizzaïolo du coin de la rue (en fait, il s’appelle Jean-Pierre et il a appris l’italien en regardant Un poisson nommé Wanda), parce que ça n’apporte rien. Au contraire, même, ça ôte tout le plaisir.

Ensuite, y a plus qu’à mettre ça sur la plaque, avec un papier cuisson pour éviter les catastrophes. Pour le temps de cuisson, ça dépend de ton four alors t’as qu’à surveiller en buvant un petit verre de vin. Du rouge, hein. Le premier qui me sert du rosé dégueulasse avec ma pizza maison, je l’énuclée avec une petite cuillère.

Voilà. C’est mon blog après tout, j’y mets ce que je veux.

Conversations

Conversation avec ma fille de 3 ans et demi :

— Papa, aujourd’hui on a vu des chevals.
— Non ma chérie. Des chevaux.
(indignée) Maiiiis non ! Ils étaient tout seuls !

Puisque j’en suis réduit à bêtifier comme un crétin pathétique sur mon blog, j’ai bien aimé celle-ci aussi, il y a quelques mois. Là, c’était avec son frère jumeau :

— Papa, elle est jolie l’église.
— Oui mon lapin.
(mimant, les bras écartés) Est-ce que dedans il y a un bonhomme accroché ?

Et, il y a encore plus longtemps, avec le même :

— Tu me prêtes ton doudou ?
— Non Papa !
— Allez, quoi… Sois sympa. Moi, j’ai pas de doudou pour dormir.
(regard terrifiant) Oui, mais toi tu as ma mère.

Les seins de Lucie

On est en juillet : un autre jour, le tram serait bondé. Aujourd’hui, il est seulement plein. Comme d’habitude, je regarde les gens. Pas ma faute : il n’y a rien d’autre à faire dans cette rame qui pue la transpiration.

Un soir au cirque

Quand j’étais petit, un cirque minuscule s’installait tous les automnes sur la place du village. Le père était tour à tour dompteur, clown, monsieur Loyal. La mère jouait les écuyères et les trapézistes. Et les enfants avaient un numéro d’acrobates qui m’épatait.

Le chapiteau prenait l’eau, leurs costumes de lumière étaient un peu troués, et le pauvre lion dans sa cage était au moins centenaire. Mais je trouvais ça magique. Je me glissais là, le soir, et je humais à pleins poumons la bonne odeur de fauves et de crottin de cheval. Dans la journée, les deux gamins venaient à l’école, tout auréolés de leur statut d’artistes et de “gens du voyage”. On les prenait pour des demis-dieux, des chanceux aux semelles de liberté. Avec le recul, j’imagine que c’étaient surtout des crève-la-faim.

Cette semaine, donc, un cirque de la même espèce est venu à Trouducul-sur-Mer. Le cirque “William Zavatta”, tu parles ! Ca fait bien longtemps que tous les Zavatta de la terre (William, Willie, Alain, Stéphane, Achille, Lydia, Anthony… Si vous ne me croyez pas, cliquez là) ont vendu leur nom prestigieux à des familles moins chanceuses. Avec le cirque “William Zavatta”, tu t’attends à la piste aux étoiles… Et tu as un spectacle bricolé avec trois bouts de ficelle : un dompteur et trois vieilles lionnes, une dresseuses de chat, quatre gamines qui font du hoola-hop, un clown fatigué… Et puis les fameux animaux annoncés dans le programme, qui font un petit tour de piste et qui s’en vont : c’est la loi qui veut ça. Aucun cirque n’a le droit de posséder un animal sauvage si celui-ci ne fait pas partie du spectacle. Alors on les tire à hue et à dia devant le public, pour justifier leur présence : dans la journée, on fait zoo. Faut bien arrondir les fins de mois…

Bêtement, par réflexe, j’ai emmené les petits. Eux, ils sont ressortis ravis, avec des étoiles dans les yeux. Ils n’ont pas vu la misère qui se dégageait de tout ça, l’utilisation malsaine des enfants, la souffrance animale, les gradins aux deux-tiers vides. Ils étaient contents, parce qu’ils avaient vu un clown et des animaux. Tant pis si l’Auguste n’était pas drôle, et si les bestioles avaient visiblement une sale pelade. En prime, ils étaient fiers, parce que Papa était allé faire le con sur la piste : le clown fait marrer les gens aux dépens d’un spectateur. A votre avis, sur qui c’est tombé ?

Je les laissés avec leur petite lumière dans les yeux. Je n’ai pas eu le courage de casser leurs rêves, de leur expliquer pourquoi je n’aime définitivement pas le cirque. Et surtout, pourquoi j’avais honte.

Trente millions d'abrutis

Mes deux fidèles compagnons s’entendent mieux que jamais : le chien fait des trous dans la pelouse, et le chat passe des heures à guetter au bord, des fois qu’un os en sortirait. Abrutis, mais complémentaires.

Ce soir, dans le jardin qui sent la lavande, j’ai fait mon petit passage en revue : câlins bêtifiants avec le félin, puis une bonne partie de pouic-ball avec le monstre qui pue. Ca a fait des jaloux : un martinet qui passait en a profité pour me chier sur la tête.

Les bestioles, c’est rien que des saloperies.