★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives août 2005

Merci, mesdames

Il y a une quinzaine de jours, j’ai découvert un truc inouï : j’adore les bains de mer.

Ça a été une vraie révélation. Je m’étais laissé traîner par les petits, en renâclant salement : j’aime pas le sable, j’aime pas les plages, j’aime pas les gens… Et puis il y avait trop de vent, l’eau était trop froide, pffff… Bon, j’avais promis. Alors j’ai fini par m’éclabousser un peu, pour frissonner moins. Et puis je suis entré là-dedans, doucement, sur la pointe des pieds. Une vague m’est arrivée dessus sans crier gare, j’ai trouvé ça rigolo. Et tout à coup, c’est devenu bien, vraiment bien. L’eau tout autour, le silence parfait, juste le clapotis et moi. Et puis le goût du sel, le souvenir piquant que ça laisse sur la peau, les cheveux qui deviennent presque poisseux en séchant, tout ça… J’avais oublié ces sensations-là. C’est comme si j’avais croqué dans une madeleine vieille d’au moins vingt ans.

Le reste n’a pas changé : le sable me gratte toujours autant dans les interstices, et j’éprouve la même haine indicible envers les cons qui polluent généralement le littoral. Mais, vers chez moi, à 6 heures du soir, ça devient vivable. Quand la marée monte sur le sol chauffé à bloc, l’eau est presque bonne. Et les insupportables sont à l’apéro.

Ce soir, la plage était même carrément déserte : juste nous et un petit groupe, à des kilomètres à la ronde. Le pied. Une belle lumière de fin d’été, l’eau qui s’engouffre partout, la certitude d’être vivant. Et pas une mémère à chien-chien pour nous renifler le maillot, pas une famille survoltée pour m’envahir l’espace vital, pas même l’habituel abruti qui hurle sur ses mômes en tapant sur sa femme, ou le contraire, au choix. Vous savez pourquoi ? Parce que l’autre groupe, c’était des filles qui se roulaient des patins. Horreur ! Putréfaction ! Fuyons vite cet endroit infesté de femelles amorales et libidineuses, se sont dit les cons familiaux en prenant leurs jambes à leur cou.

Résultat, le calme et la mer comme je l’aime. Et Nonal une heure et demie dans l’eau salée, tranquille, avec les petits qui découvraient en riant l’expression “boire la tasse”.

Merci, mesdames.

Le veau d'or

Cette nuit-là, le vélage se passait mal. Le paysan était arrivé dans l’étable encore plein de sommeil, il avait attaché la corde aux pattes du veau, et il tirait, tirait, tirait… Mais il sentait bien que c’était mal en point. Non seulement il risquait de perdre le nouveau-né, mais surtout la vache n’allait pas tenir le coup. Ironie du sort, c’était la plus belle laitière de toute la ferme.

Alors, hurlant son désespoir à la lune, le paysan a fait une promesse aux dieux, aux saints, et à tout ce fourbi qui est censé veiller sur nous autres, de leurs hauteurs stratosphériques : “Eh ! Vous ! Je sais bien que je vais pas trop à l’église le dimanche, mais il va falloir m’aider quand même ! Si vous me laissez la mère en vie, j’engraisse le veau jusqu’à la foire, et je donne l’argent de sa vente aux pauvres de la paroisse !”.

Et là : miracle. La mère a poussé un dernier coup, et le petit est tombé doucement sur la paille. Vivant.

Tellement vivant qu’il s’est vite retapé, et qu’il est devenu un veau gras comme on n’en avait jamais vu dans le canton. Droit sur ses aplombs, un coffre puissant, une musculature à faire pleurer d’envie tous les éleveurs à 100 km à la ronde. Une vraie bête de foire, un champion de comices, en un mot : un rêve. D’ailleurs, c’était bien simple : cette bête valait presque plus d’argent que tout le cheptel réuni.

Quand il le regardait, le paysan avait des billets qui dansaient devant les yeux. Saloperie de promesse ! Le problème, c’est qu’en Normandie, on ne croit pas en Dieu plus que de raison, mais on est superstitieux. On sait bien que si tu ne tiens pas ta parole, il pourrait bien t’arriver toutes sortes de bricoles que tu n’oserais même pas souhaiter à ton pire voisin.

Alors, le jour de la foire, la mort dans l’âme, le paysan a fait monter son veau magnifique dans la bétaillière, et puis il a attrapé un canard qui passait par là. Histoire de ne pas faire le déplacement pour rien. Il a ruminé sa rancoeur tout le long de la route : par chez moi, on est superstitieux, d’accord, mais aussi plutôt près de ses sous. Et de devoir donner une bête comme ça pour les pauvres, à cause d’une bête promesse un soir d’orage, ça lui arrachait des larmes, au gars.

Chemin faisant, pourtant, une petite idée a germé sous son front bas. Et, une fois arrivé, il a fait le tour de la foire en tenant sa bête par une corde. “Vingt francs le veau ! Vingt francs le veau !”. Les autres n’en croyaient pas leurs oreilles. Vingt francs, pour une bête comme ça ? Ce type était malade, y avait pas d’autre explication. Alors ils l’ont suivi, de loin, pour voir.

Quand il a jugé que l’assemblée qui s’était réunie autour de lui était assez nombreuse, le paysan a pris la parole : “ce veau-là, messieurs, j’ai dit que je le vendais vingt francs et je reviendrai pas dessus. Par contre, il y a le canard, aussi. Ils ont été élevés ensemble, ces deux-là, et c’est comme qui dirait un lot : je vends pas l’un sans l’autre. Alors messieurs, j’attends vos offres pour le canard. Je vous préviens amicalement, je ne le laisserai pas partir à moins de mille francs !’”

Quelques heures plus tard, quand la foire fut finie, le paysan a compté les billets de sa vente en souriant. Il a prélevé vingt francs, le prix du veau. Et il est allé les porter à l’église, directement dans le tronc pour les pauvres. Il s’est signé rapidement, et il a regardé le Christ en croix, au-dessus de l’autel. “On est quittes, hein ?”, il a dit. “J’ai tenu ma promesse !”. Puis il est reparti chez lui avec un drôle de petit sourire.

Par chez moi, les gens prétendent que cette histoire est authentique. Elle m’est revenue aujourd’hui, alors que je couvrais pour la presse locale mon premier comice agricole. Oui, messieurs-dames. J’ai passé l’après-midi à regarder le cul des vaches, et j’ai même pas trouvé ça désagréable…

Radio du cerveau

Morne samedi après-midi. Je roule vers ma maison en maugréant : je viens de perdre une demi-journée à essayer d’interviewer des commerçants odieux, et je prévois déjà que le secrétaire de rédac va me censurer. J’en ai marre de cette rubrique pour laquelle on me paye mal, et où je dois me farcir les stations balnéaires de la région jusqu’à la nausée. “Wouah, mais c’est super ! Tu travailles à la plage”, comme dit ma belle-mère. Ben tiens.

L’autoradio glisse sa soupe sonore dans l’habitacle. Dans la zone agricole que je traverse, la seule fréquence en état de marche, c’est “France Bleu”. Une station qui n’a dû être inventée que pour financer la retraite des vieux chanteurs oubliés. J’espère d’ailleurs que Didier Barbelivien lui rend grâce, le jour où il reçoit son chèque de la SACEM…

Vers quinze heures, c’est l’heure du grand jeu “cette année-là”. L’animatrice donne des indices aux auditeurs pour que ces derniers retrouvent le millésime mystérieux. Toute la France participe : “France Vieux”, c’est une radio locale, mais pas le samedi après-midi. Y a pas de petites économies, surtout quand il s’agit de compresser le personnel.

Je ne sais pas ce qu’on gagne à ce jeu. Sans doute une merde inutile, dont les heureux bénéficiaires essaieront de se débarrasser au prochain vide-grenier. En tout cas, on ne peut pas dire que ça se bouscule au portillon. Une mauvaise rengaine plus tard, il n’y a qu’une seule candidate à l’antenne.

— Alors, à quelle année pensiez-vous, Madame ?
— Je tenterai 1993, répond l’auditrice.
— Trèèès bien ! Mais qu’est-ce qui vous a mis sur la voie ?
— Vous avez dit que c’était l’année du suicide de Pierre Bérégovoy. Or je m’en souviens très bien : il s’est donné la mort le jour de la naissance de mon fils, le 1er mai 1993.
— Aaaaah ! Quel beau premier mai !, se répand l’animatrice (elle devait pas aimer beaucoup Bérégovoy, je pense). Si je comprends bien, le papa vous a offert un bouquet de muguet ET un bébé ?
— Euh… Oui… C’est ça…
— …Et les bébés, c’est plus bruyant que le muguet, heiiiiin ?

(Moi, dans ma voiture : “mais ça fane moins vite et ça se garde pas dans l’eau, connasse !”).

Bon, je vous rappelle le concept : ça fait une demi-heure que la pauvre salariée de Radio-France rame pour faire deviner l’année 1993 à ses auditeurs. Une dame l’appelle, en lui expliquant que c’est justement l’année de naissance de son fils. Eh bin je suis en mesure de vous l’annoncer officiellement : on peut se faire embaucher à Radio-France avec le Q.I. d’une palourde.

Parce que l’animatrice, elle a voulu en savoir plus :

— Et ça lui fait quel âge ?

Le peintre et la petite fille

S’il y a un domaine artistique où ma profonde inculture n’a d’égale que ma flemme d’apprendre, c’est bien la peinture. Je n’y connais rien, je n’ai pas deux centimes de vernis en histoire de l’art, je confonds les courants, les écoles, les styles, et j’ai une pitoyable tendance à m’emmerder ferme dans les musées.

Bouclez-moi dans une salle avec des tableaux, et mes pathétiques capacités de concentration se limitent à une heure, une heure trente maxi. Sans doute une réminiscence de l’époque où le programme des vacances avec mes parents, c’était musée le matin, musée le midi, et musée le soir. J’avais 4 ans et l’impression tenace que j’allais mourir d’ennui. Mais je me tenais à carreau, parce qu’ils me promettaient une glace à la sortie si je restais sage (voilà comment on devient en même temps obèse et farouchement ignare). Du coup, même dans la Tate Gallery, même devant des Turner qui m’ont mis à genoux, au bout d’un moment, il faut que je sorte.

Et devant des bouquins consacrés à la chose, j’atteins le niveau de réflexion d’un amibe. Au bout de deux pages, je m’endors. (Sauf quand je vais lire chaque nouveau billet de la Boîte à Images : ce type est un génie de la pédagogie).

Mais il y a quand même quelques peintres qui m’émeuvent. Et parmi eux, Edward Hopper me bouleverse.

Je ne peux pas regarder une mauvaise reproduction d’une toile de ce type en carte postale sans avoir des frissons dans le dos. Je ne sais pas à quoi ça tient, d’ailleurs je n’ai pas très envie de le savoir. Il y a là-dedans des lumières, une amertume, des regards perdus, qui me racontent des tas d’histoires, et qui font vibrer tout un foutoir intime que je serais bien en peine de définir.

Et donc, ce matin, qu’est-ce qu’il y avait avec mon exemplaire du Monde ? Un bouquin sur Hopper, youpi.

J’ai donc passé ma journée à contempler la chose.

Ouais, ouais. Contempler. Au début, j’avais essayé de lire, aussi.

Ce que ses tableaux esquissent de manière exemplaire, Hopper l’enregistre sous l’angle des modernes accomplis. Il s’agit ici de se souvenir que déjà les vues au travers d’une fenêtre des romantiques européens ne donnent pas seulement la conscience de ce qui est perdu mais représentent aussi une vue vers l’intérieur qui amène en définitive le spectateur à regarder en lui-même. En même temps, cette transformation du regard extérieur en un regard intérieur psychologiquement fondé produit une nouvelle iconographie : le regard bloqué vers l’extérieur est relayé par un art réaliste de l’intérieur, à la place du paysage aperçu au travers d’une fenêtre surgit le “paysage intérieur”, l’irruption de l’air et de la lumière dans l’espace intérieur.

Rolg G. Renner, Hopper, éd. Le Monde / Taschen

On se demande si le type qui écrit ça est encore capable d’éprouver du plaisir, ou s’il est aussi sec que son style le suggère.

Bref. Content, belles images, chaise-longue.

Et à un moment, il y a une fillette de trois ans et demi qui m’a sauté sur les genoux. “Papa, tu lis quoi ?”. Alors moi, j’ai fait mon boulot de chef de famille, et j’ai expliqué patiemment à la petite fille que je regardais des peintures du monsieur, là (autoportrait en quatrième de couverture), et que je les trouvais vraiment très belles.

Au lieu de retourner jouer dans sa cabane au fond du jardin, la petite fille est restée sur mes genoux. Et on a regardé ensemble toutes les reproductions du livre (qui sont beaucoup plus jolies que les mauvaises photos qu’on trouve sur le net, désolé…)



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Là, par exemple, on a parlé du monsieur dans l’ombre, qui observe son verre. On a aussi fait attention à l’attitude de la femme qui regarde sa main, et à celle du monsieur qui fume une cigarette. On a réfléchi pour savoir s’ils étaient arrivés là ensemble, ou s’ils venaient de se rencontrer. Et puis on s’est demandé à quoi pensait le barman, et s’il regardait la nuit à travers sa vitrine. On a trouvé qu’ils étaient tous bien seuls, dans cette rue déserte, et que ce n’était pas très gai.


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Là, on a vu que le garçon était tourné vers la fille, et qu’il devait être en train de lui parler. On a pensé qu’il en avait pour un moment, parce qu’il s’était presque assis. Et que que sa copine, elle ne devait pas avoir très envie de l’écouter, parce qu’elle était toute droite, et qu’elle regardait ailleurs.


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Là, la petite fille m’a demandé pourquoi le monsieur avait l’air triste. On s’est dit que peut-être il n’était pas triste, mais juste qu’il était tout seul, et qu’il réfléchissait à quelque chose. (Papa, c’est quoi “réfléchir ?” — Penser très fort — Ah, d’accord).


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Après, la petite fille a trouvé que le clown n’avait pas l’air drôle. Elle a vu aussi que la dame debout était maquillée presque comme un clown, elle aussi, mais que ça n’était pas plus rigolo.


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Là, on s’est posé à peu près les mêmes questions que là :

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Qu’est-ce qu’elle regarde, la dame ? Quelqu’un qui vient (son amoureux, un enfant, un chien ?), quelqu’un qu’elle n’a pas envie de voir ? Une voiture qui passe ? Ou bien est-ce qu’elle regarde très fort dans le vide parce qu’elle attend quelqu’un, et qu’elle voudrait bien le voir arriver maintenant ?


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Sur cette image-là, la petite fille s’est étonnée de ne pas voir de dame qui regarde à travers la porte. Et elle s’est dit que la dame, elle était peut-être dans l’autre pièce, derrière le mur, et qu’elle allait revenir.


*




Quand on refermé le livre, avec la petite fille, on s’est dit que ces peintures-là, c’est drôlement bien parce que ça fait des histoires qu’on s’invente dans sa tête.

Bon, c’est sûr, on n’a pas atteint le niveau de commentaire de Rolf G. Renner, on n’a pas parlé de “modernes accomplis” ni de “paysages intérieurs”. Mais je trouve qu’on s’est quand même plutôt bien démerdés.

En tout cas, c’était un sacré bon moment.

Le nonalito : enjoy !

— Papa, c’est bon. C’est quoi ?
— Le résultat de la précarité économique dans laquelle ton papa se débat, et qui fait que le frigo est désespérément vide, mon chéri.

Non, je déconne. J’ai pas répondu ça. J’ai juste dit “on va l’appeler le nonalito”. Et mon fils a répété : “c’est bon, le nonalito”.

Recette du Nonalito
(ou : comment on improvise un repas avec trois restes)

Ingrédients (pour 4). Farine, 1 sachet de levure boulangère, 300 grammes de viande de boeuf (ou 3 steaks hachés), 2 tomates, quelques feuilles de salade, 2 petits oignons, 2 yaourts, huile d’olive, carvi[1], sel, tabasco.

Préparation de la galette. Mélanger farine, sel, levure boulangère dans le mixer avec un yaourt, une cuillère d’huile d’olive et un peu d’eau chaude. Le résultat doit donner une boule de pâte homogène, qui se décolle des parois du mixer, tout en restant bien souple.

Pendant que ça lève. Hacher le boeuf, puis griller le hachis dans la poêle. Ajouter une cuiller à soupe de carvi et saler en cours de cuisson.

Laver la tomate, la découper en rondelles très fines. Hacher l’oignon. Cisailler la salade. Dans un bol, mélanger le deuxième yaourt avec 10 gouttes de tabasco.

Garniture du nonalito. Séparer la pâte en quatre boules identiques, puis aplatir chacune d’elles au rouleau à patisserie, jusqu’à obtenir des espèces de très fines crèpes. Les cuire une à une dans une poêle antiashésive très chaude (2 minutes par face). Tartiner généreusement chaque galette de sauce yaourt-tabasco, ajouter la viande au carvi, la salade, les rondelles de tomate et les oignons crus. Plier les nonalitos en deux, et servir immédiatement.

Ça tue sa mère.

(La galette doit avoir l’aspect d’une pita, et le moelleux d’un burrito).

Après, vous pouvez en prime vous fendre d’un discours ethno-gastronomico-historique qui ravira votre auditoire. Dans ce cas, se munir d’un air docte et expliquer aux gens que vous nourrissez qu’ils s’inscrivent dans une tradition culinaire vieille comme l’humanité : une galette (de blé, de riz, de maïs…), des restes dedans, on plie, on mange. Au moyen-âge, les chair-cuitiers vendaient déjà ce genre de trucs dans les rues de Paris. Ailleurs, ça s’appelle des nems, des pitas, des pizzas, des tacos, des galettes-saucisses, des hamburgers, des naans au mouton, des bricks aux oeufs, etc., etc… Et oui, ce cher John Montagu, 4ème comte de Sandwich, n’a rien inventé du tout. Et c’est même pas lui qui a découvert les îles qui portent son nom : Môssieur l’Amiral préférait jouer au whist en gueulant sur les domestiques…

Post-scriptum : merci à Mémé-Carbure, qui a inspiré l’improvisation de cette recette avec le récit de ses turpitudes prandiales.

Note

[1] si vous êtes de ces gens qui n’ont pas un peu de carvi à la maison, je vous cause pas.

Ecce homo

C’est un petit bout d’Irlande en Normandie. Une langue de terre sauvage et verdoyante, qui descend en pente douce vers une côte déchiquetée.

On arrive dans le plus petit port du monde, paraît-il. On n’est pas tout seuls : il y a là de nombreux autres promeneurs, et des grappes de mouettes qui se disputent un poisson en piaillant.

Et puis il y a l’Homme.

L’Homme est encore jeune. Son visage n’est pas buriné par les embruns, creusé par le sel, ni marqué par une longue vie de labeur au bord de l’eau. Non, non. Mais il est tout de même conscient de sa force, de cette magnifique humanité qui émane de lui, et qui en fait un specimen si caractéristique de l’espèce.

L’Homme se fiche bien des touristes. Ici, il est chez lui.

Alors, fièrement, l’Homme se campe face à la mer et empoigne ce qu’il a de plus cher. Puis, les pieds solidement plantés sur le granit, dans un terrible face à face avec les flots, il lance son sublime défi à la mer.

Et il pisse à gros bouillons sur l’eau qui lèche les rochers.

Post-scriptum du 6 août :

Une langue de terre sauvage et verdoyante, qui descend en pente douce vers une côte déchiquetée

Une phrase, quatre adjectifs, cinq gros clichés purulents. Y a pas à dire, ma connerie est au mieux de sa forme.