★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives septembre 2005

Le figurant

Depuis un an que j’habite dans cette ville, je le vois tous les jours ou presque, en fin d’après-midi. Et tous les jours, il porte le même bleu de travail, les mêmes bottes en caoutchouc marron, et il pousse le même vieux vélo avec des grosses sacoches en cuir de chaque côté du porte-bagages.

Il a aussi une casquette vissée sur ses cheveux en broussailles, et d’énormes lunettes devant les yeux. On dirait qu’il sort tout droit d’un film des années 70. On ne s’étonnerait pas de voir Patrick Dewaere surgir dans le champ dans le caméra, porté en triomphe par une foule qui scanderait “Trincamp ! Trincamp ! Trincamp ! But ! But ! But !”.

Je le croise sur la grande route, sur les petits chemins, dans le centre ville, au milieu du parking du centre commercial. Il est partout et nulle part. Hier, c’était dans une ville voisine.

Je ne l’ai jamais vu sans sa casquette, sans son bleu, son vélo ou ses bottes. Je ne l’ai même jamais vu dans une autre posture que celle-là : debout, une main sur la hanche, l’autre qui tient machinalement le guidon, les yeux en l’air. C’est comme s’il était copié-collé, devant des décors plus ou moins changeants

Est-ce qu’il lui arrive de grimper sur la selle de son vélo ? Est-ce qu’il enlève ses bottes pour dormir ? Est-ce qu’il a une voix, une vie, un anorak ? Je ne le saurai probablement jamais.

La vérité...

“Papa, t’es vilain !
— MOI ? (air offusqué, niveau orange). Mais pourquoi dis-tu ça ?
— Tu m’as dit une méchanceté !
— HEIN ? (air offusqué, niveau rouge).
— Bin oui, tu m’as dit d’être raisonnable…”

Merci à mon petit garçon de m’avoir rappelé à l’ordre. Quand je suis fatigué, j’en arrive à dire des trucs indécents sans même m’en rendre compte. “Raisonnable”, dans ma bouche. Berk.