★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives avril 2006

Les gars du marketing #1

Un métier : le marketing.

Une mission : repousser chaque jour les limites de la connerie.

Aujourd’hui, les gars du marketing vendent du saucisson.

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D’abord, les gars du marketing sont trop forts dans leur tête. Et ils n’ont pas peur de passer pour des cons :

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Aucun risque qu’ils laissent leur cousine se foutre de leur gueule parce qu’ils ont écrit “idéals”, genre “Hé, Jean-Marc, ça bosse au service marketing ? Vous êtes toujours montés comme des chevals ? Ah, les mecs, vous êtes pas banaux !”. Non. Les gars du marketing savent bien que, si l’usage a fait de “idéaux” le pluriel masculin de l’adjectif “idéal”, le grand Littré se refuse à trancher, et laisse une porte ouverte à l’option discrètement érudite qu’ils ont choisie. Les gars du marketing, c’est des puits de science (pour la virgule après le sujet, c’est autre chose. Les gars du marketing, c’est pas le genre à se coltiner les règles de ponctuation. Mais tant que la ménagère comprend, hein…).

Bon, c’est sûr “ces mini saucissons secs vous étonneront par leur texture et leur saveur”, ça manque un peu de peps. Encore un coup de Jean-Marc, qui voulait finir rapidos parce que c’était l’heure de l’apéro. Régis, lui, il était plutôt pour l’option “laissez-vous séduire par leur texture et leur saveur”. Et Bernard préférait “emporter” plutôt que “séduire”. Mais “laissez-vous emporter par leur texture et leur saveur”, ils l’avaient déjà utilisé le mois dernier à propos d’un lot de bouses de vaches vendues sous vide. Les gars du marketing, c’est des professionnels, ils n’aiment pas se répéter. Du coup, Jean-Marc a coupé court aux discussions, et ils ont débouché une bouteille.

Ca se serait bien passé, si le stagiaire ne s’était pas tout à coup réveillé. “Dites, les gars, c’est pas un peu complètement con, cette phrase ? “vous étonneront par leur texture et leur saveur”, ça ne dit absolument rien des caractéristiques du produit, c’est nul ! On pourrait écrire un truc un peu plus précis, non ?”. Alors Jean-Marc a obligé le stagiaire à en bouffer un, de mini saucisson sec. “Ah oui”, a reconnu le stagiaire. “Cette texture croquante à base de boyau collagénique qui libère une boule de graisse molle sur le palais, c’est vraiment étonnant. Et cette saveur de nitrate de potassium aussi. Au temps pour moi, les copains !”.

Après, ça s’est un peu corsé, parce que Bernard s’est rappelé qu’ils avaient oublié l’essentiel : le mode d’emploi. Vite, Jean-Marc a attrapé le stylo, et il en a rédigé un en tirant la langue :

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En fait, il manque la fin sur le paquet, c’est à cause du code barre qui prend toute la place. La suite que Jean-Marc avait prévue, c’était ça :

“Pour avaler un de ces étonnants mini saucissons secs, il ne vous restera plus qu’à saisir icelui entre deux ou trois doigts propres, puis porter la main à vos lèvres, ouvrir la bouche de manière à former un réceptacle, et introduire le produit derrière vos dents. Retirez prestement la main. Mastiquez ensuite pendant quelques secondes, si possible avec vos molaires (grosses dents du fond), et déglutissez. Les sucs digestifs libérés par votre estomac devraient vous permettre de digérer vos mini saucissons secs sans trop de peine. En cas de brûlures ou d’aigreurs, prenez un Rennie. La société “Les Gars du Marketing” décline toute responsabilité en cas d’ingestion du produit par des gens dépourvus de molaires (grosses dents du fond) ou de mauvaise utilisation de ce mode d’emploi”.

Comme ça n’apparaît pas sur le packaging, les gars du marketing sont un tantinet inquiets. Sans mode d’emploi digne de ce nom, la ménagère ne risque-t-elle pas, dans un moment d’égarement, de prendre son mini saucisson sec en suppositoire ? Ils en ont parlé aux gars du service juridique, qui ont commencé à faire le tour des jurisprudences, au cas où. Y aura-t-il un procès ? Le suspense reste entier.

Heureusement, on n'est pas en Syldavie

Ils sont cons, ces Syldaves !

Pensez : il y a environ deux siècles, ces abrutis ont pris l’habitude de consommer du broumpf. Comme c’était un marché vachement juteux, le roi décréta un jour que seul l’état serait autorisé à en vendre. Du coup, grâce à cette situation de monopole, plein de bel argent se mit à rentrer dans les caisses… Mais ça ne faisait pas encore assez. Alors le roi annonça : “il y aura une taxe sur la vente du broumpf !”. Les gens firent un peu la gueule, mais ils continuèrent néanmoins à acheter leur dose quotidienne. Résultat, l’état récupérait les sous du broumpf ET la taxe sur le broumpf. Il ne manquait plus que le cul de la crémière pour que son bonheur fût complet.

Etait-ce suffisant pour mettre le roi en joie ? Que nenni ! C’est gourmand, le budget d’une nation dont la dette est si élevée que les intérêts correspondent à 20 % de son PIB. Il fallait toujours plus. Alors on décida de faire de la publicité pour le broumpf, dans les journaux, à la radio, dans les manifestations sportives. Et, comme les Syldaves sont des gros balèzes en marketing, ils eurent l’idée de diversifier la gamme, aussi. C’est ainsi qu’on vit le broumpf pour les hommes, celui pour les femmes, celui pour les jeunes, celui pour le dimanche, tout ça.

Et puis, un jour, le grand chambellan eut une idée de génie : “puisque les gens ne peuvent plus se passer du broumpf une fois qu’ils y ont goûté, je propose qu’on en offre à tous les jeunes qui font leur service militaire obligatoire. Trois paquets chacun par semaine, à nos frais. Ainsi habitués, ils en achèteront toute leur vie, ces cons. Et nous, on va se goinfrer. Les amis, on va faire un retour sur amortissement comme personne n’en a jamais rêvé. Des couilles en or !”.

Un conseiller s’éleva, rouge de colère : “c’est une proposition scandaleuse ! Le broumpf rend les gens malades, on le sait depuis longtemps. Est-ce rendre service à la nation, que de pervertir ainsi sa jeunesse ? Je m’oppose !”. Le roi fit décapiter cet empêcheur de tourner en rond, et le grand chambellan fut décoré.

Et le temps passa. Plus les gens mouraient du broumpf, plus on faisait de la publicité : il fallait bien remplacer la clientèle. Les femmes, surtout, étaient les plus difficiles à convaincre : n’ayant pas de service militaire à accomplir, elles n’avaient pas eu leurs trois paquets gratuits par semaine pendant un an. Alors on leur dédia le broumpf à la menthe, le broumpf parfumé, le broumpf spécialement dessiné pour les doigts manucurés… C’était le bonheur : des morts par centaines de milliers, et des sous par millions. Parfois, le roi s’inquiétait : “c’est pas un peu beaucoup, tous ces morts ?”. Alors le Chambellan répondait : “mais non, Sire, on renouvelle la population. Trop de vieux, ce serait un déséquilibre démographique inquiétant”. “Tout de même”, reprenait le roi. “Tous ces gens qui tombent malades, ça coûte des sous à la collectivité, non ?”. “Au contraire”, répondait le Chambellan. “Un broumpfeur qui meurt à 55 ans, c’est une retraite qu’on n’aura pas à payer pendant 25 ans ! On gagne sur les deux tableaux, Sire”.

……………

Hélas, depuis quelques temps, tout va mal en Syldavie. Le lobby anti-broumpf a réussi à attirer l’attention de la population sur les méfaits du broumpf, et la colère gronde. Alors le roi s’inquiète : “qu’est-ce qu’on fait, Chambellan ? Tout le monde se rend compte que le broumpf est un poison terrible. On l’interdit ?
- Surtout pas, Sire ! Pensez à tous les sous qu’on perdrait !
- Oui, mais quand même, c’est le bordel. Si les gens se rendent compte qu’on les empoisonne depuis 50 ans pour le fric, on est dans la merde…
- Alors faisons une grande campagne de sensibilisation !
- Oui, excellente idée. On va faire en sorte que les jeunes ne s’y mettent plus…
- Vous êtes fou, Sire ? On a besoin des sous des jeunes ! Non non, c’est une très mauvaise idée. Faisons plutôt “comme si” on voulait dissuader les jeunes de broumpfer, histoire de redorer notre blason, mais n’y allons pas trop fort : c’est un marché en hausse, il y a de l’argent à prendre… On va lancer une campagne de sensibilisation, mais timide. Timorée, même… Hi hi hi…
- Alors, qu’est-ce qu’on fait ?
- On stigmatise. On réprime. On sanctionne. On dit que les broumpfeurs sont des gros vilains, et qu’ils doivent arrêter.
- Bin oui, mais c’est notre faute, quand même, s’ils en sont là.
- On s’en fout. Ils ont oublié. Ca fait tellement longtemps que nos pubs leur font croire qu’ils sont plus beaux en broumpfant, qu’ils ont fini par le croire.
- On leur distribue des médicaments pour qu’ils arrêtent, alors ?
- Sûrement pas ! J’ai une bien meilleure idée : on met en place une politique de dissuasion !
- C’est à dire ?
- On veut qu’ils broumpfent, n’est-ce pas ?
- Bin oui, on a besoin des sous.
- Mais officiellement, les gens doivent croire qu’on ne veut pas qu’ils broumpfent, c’est bien ça ?
- Bien sûr.
- Alors on augmente le prix du broumpf, et on dit que c’est pour leur bien !
- …et on ramasse encore plus d’artiche au passage. Chambellan, vous êtes un génie !”.

Et le roi rit, rit, rit…

Toute cette histoire serait terrible si elle était vraie. Bien sûr, elle ne l’est pas, puisque la Syldavie n’existe pas. Chez nous, on n’a pas de broumpf, on a du tabac. Mais, heureusement pour nous, on a aussi des gouvernements successifs qui ne souhaitent QUE le bonheur et la santé de leurs concitoyens. C’est cool.

Edit : la suite de l’histoire est chez notablog. Edifiant.

Trouducul-sur-Mer, l'après-midi

Toc, toc, on frappe chez moi. Doucement, mais avec insistance. Puis on entend la porte qui s’ouvre, et ce con de chien qui continue à ronfler. “Y a quelqu’un ? Je suis venue vous apporter des fleurs !”.

Merde, qu’est-ce que c’est que ce bintz ?

Je descends en enfilant un t-shirt. C’est une toute petite vieille, très tordue et très frêle, avec un énorme bouquet de jonquilles. Elle se tient au milieu du salon, embarrassée par ces trucs jaunes qui débordent de ses mains. “C’est quoi, votre nom, déjà ?
- LeChieur.
- Ah bon. Je me suis trompée de maison. Tenez, prenez quand même ça. Les autres n’avaient qu’à être là”.

Je remercie vivement, trouve un vase, glisse les fleurs dans l’eau. Mais quand même, un truc me tarabuste : “excusez-moi, mais je ne comprends pas que le chien n’ait pas aboyé.
- Ah bon, ça vous étonne ? Mais c’est qu’on est de vieux amis, lui et moi !”. Et la quasi-centenaire envoie un clin d’oeil à l’autre abruti. L’intéressé dresse l’oreille sans conviction, puis retourne à ses ronflements. Quel parasite, ce clebs. L’autre est déjà repartie en trottinant vers sa maison, sur le trottoir d’en face.

Contrairement à ce que prétendent quelques observateurs mal renseignés, je précise qu’il est tout à fait possible de faire exulter les corps à Trouducul-sur-Mer. A condition, évidemment, de ne JAMAIS oublier de fermer sa porte à clé.