★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives novembre 2009

Oh, et puis merde

Une guitare extra-terrestre (putain, ce riff !…), une énergie incroyable, un chanteur juste ce qu’il faut de ravagé… What else ? comme disent les publicitaires qui nous vendent du Georges Clooney en dosettes à café. Oué : what else ?

Iiiii know, it’s only rock’n’roll, but I like it…

Corinne

Chaque dimanche, depuis la saison passée, on guettait son retour dans sa propre émission.

Pas pour se débarrasser de Marie-Pierre Planchon, qui la remplace avec talent. Mais parce que ça aurait été rassurant, un retour à l’antenne. Même bref. Ça aurait été le signe que cette saloperie de cancer lui laissait un peu de répit.

Revenir au micro, entre deux séances de traitement, elle l’avait fait plusieurs fois, l’an dernier. Toujours avec humour. Et toujours avec cette voix en forme de rire, cette voix qui mettait de l’aérien dans la gravité et de la profondeur dans les bêtises sans importance.

Cette année, en revanche, on l’a attendue en vain.

Corinne Gorse, alias Kriss, est morte aujourd’hui. Ironiquement, ce n’est pas la radio qui me l’a appris, mais twitter, puis les sites d’info qui relayent la même dépêche de l’AFP.

Kriss restera pour moi celle qui, pendant trois ou quatre ans, a consacré des semaines entières à portraiturer sur France Inter des gens “célèbres dans leur immeuble, dans leur rue, dans leur quartier ou plus loin.” Chaque début d’après-midi, ses Portraits sensibles étaient un régal : dans l’art de l’interview, elle savait mieux que personne écouter ces anonymes qui n’avaient rien à vendre. On était loin de la radio bling-bling, loin du people, et à cent mille années-lumière d’un Yves Calvi qui n’arrête pas d’interrompre ses invités en disant : “Attendez, ce que vous me dites là, ça m‘interpelle, et j’ai envie de vous demander…” Kriss, elle préférait dire “vous”, “il” ou “elle”.

Indirectement, je lui dois trois belles années de ma vie professionnelle : un jour, dans le train, ma voisine de compartiment feuilletait le “numéro zéro” d’un magazine qui s’était mis sur son trente-et-un pour les “décideurs”, comme on dit, histoire de récupérer un peu de pub pour organiser son lancement. Vite, je notai le mail du rédacteur en chef. Et le soir-même, je lui envoyais un long message : “il est bien joli, votre journal, disais-je en substance, mais il lui manque une dimension vivante. Je vous propose d’y créer une rubrique de portraits. Pas comme ceux de la dernière page de Libé, trop trendy à mon goût, mais plutôt inspirés par le ton et l’humanisme des Portraits sensibles de Kriss, sur France Inter.”

J’étais recruté dès le lendemain : le rédac-chef aimait Kriss, lui aussi. La référence lui avait plu. Alors des portraits, j’en ai faits (et j’ai adoré ça) pendant trois ans. Pas avec son talent à elle, évidemment, et pas à la radio. Mais en essayant de les faire honnêtement. Et en découvrant à chaque fois sur le terrain que c’était vrai, ce qu’elle disait implicitement aux auditeurs : intéressez-vous vraiment aux gens que vous rencontrez, vous ne serez pas déçus. En trois ans, j’ai été surpris, passionné ou charmé par mes “victimes”, mais jamais déçu.

Je lui dois ça et tant d’autres choses impalpables. Des moments radiophoniques qui se sont évanouis, mais dont les traces continueront de palpiter longtemps.

Merci, Corinne.

Repos du guerrier

Hier, en fin d’après-midi, je devais faire une petite conférence devant des élus locaux, le truc avec la chemise, le veston et le manche à balai dans le fondement kivonbien, sans oublier la sempiternelle projection powerpoint (sauf que c’était du flash, on n’est pas des bêtes, quand même).

Alors après, pour se récompenser avec mes collègues, on a bu des tas de verres de ouiski et on a écouté du gros rock’n’roll très fort. J’ai tellement aimé ça que j’ai même pas regretté mon mal de crâne de ce matin.

Glandeurs

Ce matin, un peu tourneboulé par la lecture de cet article, j’ambitionnais de faire un billet rigolo sur ce qui serait arrivé aux grands hommes s’ils avaient connu la glande sur internet.

Par exemple : Victor Hugo aurait-il écrit Le dernier jour d’un condamné, s’il avait eu un compte Facebook ?

Ou bien : Beethoven serait-il devenu un peu plus sociable, grâce à Twitter ?

Ou encore : Georges Perec aurait-il écrit l’admirable W ou le souvenir d’enfance, si Copainsdavant lui avait permis de faire son archéologie intime sans se fouler ?

Bon, je vous passe les autres idées que j’avais, hein : Sand et Musset s’envoyant des messages de braise via IRC, Casanova épuisant des centaines de jeunes femmes inscrites sur Meetic, Proust déformé par une geekerie prolongée et incapable d’aligner plus de 240 signes ou Rousseau, tellement occupé à se tripoter devant des sites cochons qu’il en aurait oublié de nous pourrir nos années lycées avec ses navrantes Confessions.

Mais après, j’ai pensé à Boris Vian.

Vian, qui serait forcément devenu un geek accompli : écrivant des chapitres de L’Écume des jours sur son blog d’une main, tandis que l’autre coderait en flash une machine à composer des cocktails (avec des variables calculées en fonction des variations du flux RSS de Google Actualités). Vian qui posterait chaque matin sur YouTube une vidéo de lui, chantant et jouant de la trompinette, mais serait également inscrit au forum Dotclear, où ses plugins aussi inutiles que drôles forceraient l’admiration de tous. Vian qui serait l’un des collaborateurs les plus acharnés de Wikipedia, pour qui il rédigerait des articles très documentés sur la physique quantique, mais aussi des bons gros canulars farcis de calembours bêtes. Vian qui serait inscrit à 5398 forums différents (sur l’Oulipo, le jazz, la littérature noire américaine, la poésie, les machines agricoles, le cinéma des Balkans, l’histoire de la mousse au chocolat à travers les siècles, la métaphysique de la clé de 12…), mais qui aurait quand même trouvé le temps d’inventer tout seul une distribution Linux ergonomique, conviviale, facile d’accès et évidemment hilarante. Vian que ça n’empêcherait pas d’écrire Je voudrais pas crever, parce que quand même, faut pas pousser. Vian, enfin, dont on découvrirait à sa mort qu’il se cachait AUSSI derrière les pseudonymes des dix blogueurs francophones les plus talentueux.

Alors je me suis senti trèèès fatigué. Et je suis retourné me coucher.

Pauvres pommes

Quand j’ai emménagé dans la maison que j’habite, il y a trois ans, un joli petit pommier ornait le fond du jardin. Je n’ai jamais su de quelle variété il était, mais je sais en revanche qu’il avait dû salement souffrir pour être beau : il avait exactement la forme d’une ménorah. Je me demande combien de temps il faut ligaturer un arbre, pour que les nœuds de ses branches finissent par céder et prennent une forme comme celle-là.

Cette année-là, le petit pommier nous a donné des fruits doux et sucrés pendant tout l’automne. Et puis il a crevé, d’un seul coup. J’ai dû l’abattre un an plus tard, parce qu’il pourrissait sur pied.

Quand j’en ai parlé au propriétaire de ma maison, le mois dernier, celui-ci a eu l’air incrédule : “Ah bon ? Il vous a donné des pommes en 2006 ? — Bin oui, plein. — C’était son chant du cygne, alors : avant ça, il ne fleurissait plus depuis des années.” C’est comme ça que j’ai appris que certains arbres fruitiers ont un dernier réflexe, avant de mourir : ils se couvrent de fleurs, puis produisent des fruits par brouettées entières. Leur descendance est assurée : ils peuvent alors s’abandonner au grand voyage.

Sauf que dans le cas de cette espèce, l’effort est aussi vain que méritoire : ça ne marche pas. Les plus beaux pépins issus de la meilleure variété de pommes ne reproduiront jamais l’arbre qui les a enfantés, puisque pour ça il faut une greffe. Au mieux, ils donneront naissance à un vulgaire arbre de bois de chauffage.

Ça m’a rappelé cette rencontre que j’avais faite avec un collectionneur de pommiers, il y a quelques années. Je devais l’interviewer en vitesse pour un journal qui m’employait, mais j’avais laissé filer les heures : j’adorais écouter la longue litanie des variétés de pommes à cidre (la Noël des champs, la Moulin à vent, la Solage à Gouet, la Rouge mulot, la Bisquet, la Bouteille, la Bédan, la Petite Suté…) et de pommes à couteau (la Belle de Bayeux, la Bénédictin, la Calville rouge, la Court pendu, la Pomme du curé, la Bon père, la claque pépins…) qu’il me récitait avec passion. Il m’avait raconté les pommes qui se conservent jusqu’au printemps, celles qui pourrissent trop vite, celles qu’il faut ramasser en premier, celles qu’il faut ranger dans de la paille bien sèche et celles qu’on étale sur du papier journal. Et moi, le nez encore plein du parfum douceâtre des fruits qu’on mettait à garder au grenier, quand j’étais petit, j’avais trouvé ça extraordinaire, toute cette science. Alors, il m’avait emmené, un peu haletant, voir le clou de sa collection : un arbre à haute tige dont j’ai malheureusement oublié la variété. Un très vieux pommier tout calleux, avec des branches beaucoup trop longues qui retombaient en arceaux et qu’on sentait prêtes à casser comme du verre.

— Celui-là, me dit-il tristement, c’est le dernier représentant de sa variété. Un exemplaire unique…
— Bah, vous pouvez toujours l’utiliser pour en greffer de nouveaux, non ?
— Pas avec ces vieilles branches. Pour avoir un greffon, il faudrait les tailler sévèrement… Mais cet arbre est beaucoup trop fragile, maintenant. Il en crèverait avant que les premiers bourgeons n’apparaissent.
— Qu’est-ce qu’on peut faire ?
— Rien. Lui rendre visite tous les matins et vérifier qu’il est toujours debout.
— Mais quand ça ne sera plus le cas ?
— Alors on comptera une variété ancienne de moins.

Évidemment, c’était un drame microscopique, à l’échelle d’un monde en feu. Mais il m’avait ému, moi, le vieil homme qui commençait toutes ses journées en saluant son dernier pommier.

La solitude du fichier de maths

“Papa, tu me signes mon fichier de maths ?
— Mmmm ?… Vas-y, fais voir…
— Euh… J’ai pas trop bien réussi…
— Ah la vache, le petit fumier ! Tu peux le dire, que t’as pas réussi, y a du rouge partout ! Bon sang, on avait dit que tu te tirerais les doigts d’où je pense…
— Mais j’ai PAS COMPRIIIIIS !
— Rhooo, mais c’est pas bien compliqué, quand même… Attends…”

(Pour les heureuses gens[1] dépourvues de CE2 à la maison, précisons que le “fichier de maths” est un gros cahier d’exercices à remplir en classe et en solo, très apprécié par les instits qui professent la sacro-sainte autonomie. On dit à l’enfant d’ouvrir son fichier aux pages 22-23, par exemple : il doit alors se démerder tout seul avec les consignes et mettre des réponses partout où il y a des pointillés. À la fin, l’enseignant ramasse le fichier, écrit au stylo rouge dedans et le restitue à son plus ou moins fortuné propriétaire. S’il y a beaucoup de stylo rouge, l’élève sait qu’il devra choisir plus tard entre le chômage et la délinquance. Si, en revanche, on y lit un “TB”, l’enfant est content et ses parents aussi. Heureusement que je ne serai jamais ministre de l’éducation nationale : il y aurait des morts chez les hystériques de l’autonomie.)

Je jette un œil à l’exercice.

Me frotte les yeux.

M’assois.

Lâche un gros mot retentissant.

“Bin qu’est-ce qu’il y a, Papa ?
— Il y a que je suis comme toi, mon lapin : je ne comprends rien.”

La chose est surmontée d’une consigne en gras dont le laconisme est propre à susciter l’orgasme chez les partisans de l’autonomie : “Complète.”

Sous ladite consigne, on voit le dessin d’un enfant (blond, souriant, bien coiffé, dans un joli pull bleu) qui s’adresse au lecteur ; dans une bulle façon BD, il dit ceci : “Si c’était trente, cela ferait cent-quatre. Donc c’est moins que trente. Il faut que j’enlève quatre. C’est donc vingt … - six !” (sic, ponctuation comprise).

Enfin, sous le dessin de l’enfant qui nous parle, il y a une opération en ligne et à compléter : “74 + … = 100”

J’ai mis 10 minutes (dix, putain !) à comprendre la relation entre le dessin et l’opération en ligne. Oué. Dix bonnes minutes d’humiliation devant la chair de ma chair pour piger que les paroles du chiard dessiné ne constituaient pas l’énoncé d’un problème, que la fin de sa phrase (“vingt … - six”) n’était pas à comprendre comme je l’ai d’abord cru (“vingt, pointillés à remplir, moins six”), et que cet exercice était complètement con, puisque l’infâme petit merdeux en pull bleu nous donne la solution de l’opération (vingt-six, donc… Les points de suspension, c’était juste pour ménager le suspense et me faire chier) tout en faisant son gros fayot, “eh, t’as vu comme j’ai les bons processus mentaux ! C’est cool, je ne serai pas obligé de faire chômeur ou délinquant, quand je serai grand.”

Heureusement que je ne serai jamais ministre de l’éducation nationale, sinon il y aurait aussi des flaques de sang chez les éditeurs de fichiers de maths.

Comme dirait Xave, les chats ne font pas des chiens.

Note

[1] Oué, en français, “gens” est féminin pluriel. Pour une fois que je ne fais pas la faute, venez pas me casser les pieds.

"C'est bien, hein ?"

Mercredi onze novembre. Je dépose ma fille à son tout premier cours d’équitation (elle a beaucoup hésité, la princesse. Mais, la semaine dernière, elle a fait une promenade à poney qui l’a convaincue. Et ce qui m’a convaincu, moi, c’est de l’avoir vue caresser la tête de sa monture, tout doucement, pendant trois quarts d’heure après la balade). Elle ne frime pas, mademoiselle LeChieur, au milieu des gosses de riches. Certains ont l’air de vouloir participer à un défilé de mode, malgré la paille et le crottin.

Je remonte dans ma voiture. Un message de Bob Woodward m’attend sur mon répondeur téléphonique. Je mets cinq bonnes minutes à comprendre que ce crétin hilare se fout de moi parce que le journal régional vient de publier un “portrait” de moi dans les pages locales. Super, ça me fait un projet pour ce début de matinée : je vais aller acheter le canard au bistrot du coin et en profiter pour m’offrir un petit café-croissant de jour férié.

Je m’installe au comptoir, déplie mon journal, croque dans le pur-beurre et commence à lire ce qu’on dit de moi quand le type d’à côté se frotte les yeux : son regard passe alternativement de la photo en noir et blanc à mon visage, plusieurs fois. Enfin, il se décide :

— Hé, mais c’est bien vous, là ?
— Oui.
— Ah c’est bien !… Ah oui, c’est bien !
— …
— Et vous faites quoi ?
— Euh… Des livres. Je vous prête le journal, si vous voulez ?
— Non, non, ça va. Ah, c’est bien !
— …
— Et vous êtes déjà passé à la télé, aussi ?
— Sur France 3, oui.
— Ah la la ! C’est bien…

Je ne sais pas quoi lui répondre, moi, à ce gars. Il est pâtissier, d’après ce que je l’ai entendu dire à mon arrivée. Je lui répondrais bien ce que je pense («tu sais, m’sieur, il y a un paquet de chances pour que tu sois un bien meilleur pâtissier que moi un faiseur de livres. Mais la presse locale a des priorités douteuses : elle préfère parler plus souvent des bouquins ratés que des Paris-Brest réussis, y a vraiment pas de quoi s’extasier…») mais il croirait que je me fous de lui. Alors je replie mon journal et je bats en retraite.

Du coup, j’assiste aux dix dernières minutes de leçon d’équitation. Et là, je vois la princesse diriger sa monture avec aisance, comme si elle avait toujours eu des rênes à la main. Autour d’elle, les autres mômes ont déjà deux mois d’expérience, au moins. La monitrice leur indique un parcours à faire : il faut ramasser un gobelet sur un piquet et le reposer quelques mètres plus loin. Au pas d’abord, puis au trot. Et au galop. Précision de l’adulte en direction de ma fille : “tu n’es pas obligée de le faire, hein, c’est comme tu veux…” Plus tard, la princesse m’avouera dans la voiture qu’elle a eu “un peu la trouille”, avant de se lancer. Mais elle y va quand même, au galop, et avec le sourire en plus (“et tu sais, Papa, j’ai bien fait : le galop c’est ce que je préfère !”)

J’ai failli aller rechercher mon voisin de comptoir, l’attraper par le col et le traîner jusqu’au club, histoire de lui montrer qu’il y avait des événements bien plus importants qu’une bête photo dans un journal, ce matin-là.

Ils font chier, les gens, à tout mélanger.

La maîtresse II, le retour

Pour les vacances, la maîtresse avait demandé aux CE2 d’écrire au moins une ligne par jour.

Les miens ont fait quatre à six pages chacun : l’histoire d’une croisière vers le Canada (avec vol de bijoux en cabine) pour l’une, celle d’une mystérieuse agression au cirque Bouglione pour l’autre (je jure solennellement que je n’ai EN RIEN participé à l’élaboration de ces intrigues. Ces mômes lisent trop de polars). Ils y ont bossé un petit peu tous les jours, âprement. Ils ont travaillé leur histoire, mis en place leur narration. Se sont demandé sincèrement quand il fallait mettre des “ensuite” et des “puis”. Ont aligné des phrases entières sans faute d’orthographe, et en faisant bien attention à la concordance des temps. Ont recopié patiemment leurs brouillons au stylo turquoise. Et, surtout, ils ont réussi à finir chacun son histoire : voleur arrêté (c’est le singe du petit garçon qui avait eu envie de s’affubler de bijoux et de cravates), agresseur du cirque sous les verrous (c’était un garçon de piste qui rêvait de prendre la place du dompteur).

Ce matin (dans mon département, la rentrée avait lieu aujourd’hui), la maîtresse a demandé qui avait écrit pendant les vacances. Ils ont levé la main. Mais elle n’a pas pris le temps de lire leurs productions, y avait leçon de maths.

— Mais bon sang, pourquoi vous n’avez pas insisté pour qu’elle regarde votre boulot ? tonnais-je ce soir.
— Arrête, papa ! Elle avait pas demandé des textes, elle avait demandé une phrase par jour.
— Non. Elle a demandé au moins une phrase par jour. Vous aviez respecté la consigne.
— Non, c’est trop, quatre pages !
— Et alors ? Une maîtresse qui n’a pas envie de lire les textes de ses élèves, ça n’existe pas.
— Si. La nôtre, elle est comme ça.
— Non, ça ne se peut pas.
— Mais papaaaaa ! Elle avait pas demandé qu’on invente des histoires ! Quand elle parlait d’écrire tous les jours, elle voulait dire “recopier une ligne prise dans un journal ou dans une recette de cuisine”. Si on insiste pour qu’elle lise nos histoires, elle va encore nous disputer : c’est pas ce qu’elle avait demandé, point final.
— C’est ridicule. On ne dispute pas des élèves parce qu’ils ont trop bossé.
— Si. Elle va encore dire qu’on n’est pas le centre du monde.

Alors cette fois, c’est promis : je ne les gronderai plus jamais quand ils sortiront de l’école en disant que “la maîtresse est une grosse conne”. Je me demande même si je ne vais pas les aider à l’écrire sur une banderole.