★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives décembre 2012

Merry Xmas

♪♫ …and a happy new year… ♪♪ Let’s hope it’s a good one… ♫♫ la la la… ♪♫

Conte de Noël

Il était une fois, dans une contrée fort lointaine, un pays dirigé par un souverain juste et bon. À l’approche de Noël, ce brave homme sentait une insondable tristesse lui déchirer le cœur.

M. LeChieur, gros mots sur internet depuis 2002

Allez, les copains, on réintègre le vaisseau-mère !

La carte postale du jour


CartePostale01.jpg

(Cliquez sur la vignette pour l’agrandir)

Les normes et la noisette du Piémont

« Ah ! les tenants d’une norme, et quelle qu’elle soit : norme culturelle, norme familiale, norme d’entreprise, norme politique, norme religieuse, norme de clan, de club, de bande, de quartier, norme de la santé, norme du muscle ou norme de la cervelle… Comme ils se rétractent dès qu’ils flairent l’incompréhensible, les gardiens de la norme, comme ils se vivent en résistants alors, on les jurerait seuls face à un complot universel ! Cette peur d’être menacé par ce qui sort du moule… Ah, la férocité du puissant, quand il joue les victimes ! Du nanti, quand la pauvreté campe à sa porte ! Du couple estampillé devant la divorcée briseuse de ménage ! De l’enraciné flairant le diasporique ! Du croyant pointant le mécréant ! Du diplômé considérant l’insondable crétin ! De l’imbécile fier d’être né quelque part ! Et ça vaut pour le petit caïd de banlieue suspectant l’ennemi sur le trottoir d’en face… Comme ils deviennent dangereux, ceux qui ont compris les codes, face à ceux qui ne les possèdent pas !
Même les enfants doivent s’en méfier. »

(Daniel Pennac, Chagrin d’école, Folio, 2009, p. 200)

Après Journal d’un corps, en septembre, je finis de rattraper mon retard de lecture de Pennac, qui continue de m’enchanter avec son Chagrin d’école — sur un sujet où je pensais pourtant qu’il n’était pas près de me cueillir…

Aaah, l’écriture de ce gars, ronde et chaude comme l’odeur d’un corps qu’on aime… Et le plaisir de trouver une jolie faute d’orthographe, passée au travers de la collection de dictionnaires de l’auteur et de l’œil de lynx des correcteurs. Dans ce livre-là, tomber sur une pose au lieu de pause (p.165), c’est comme avoir la surprise de croquer une noisette du Piémont au milieu d’un excellent chocolat.

Le remugle du dimanche soir

C’est le train du dimanche soir. Dernière gare avant le terminus.

Une vieille monte. Elle est habillée comme toutes les vieilles de par chez moi, avec cette horrible blouse en nylon à fleurs bleues qu’elles se procurent par je ne sais quel moyen mystérieux. Une filière clandestine, sûrement. J’imagine une usine secrète au Kazakhstan, des trafiquants sans foi ni loi, et, en bout de chaîne, un dealer de blouses nylon qui se faufile dans la nuit et qu’elles s’en vont retrouver à petits pas fébriles, derrière la haie d’un pâturage mal famé.

Son sillage transporte l’odeur caractéristique des gens qui se sont tellement confits dans l’alcool qu’ils exsudent de la vinasse pure. Mais c’est quand elle s’assoit près du radiateur du train que tous les voyageurs répriment une nausée : les bouffées de chaleur soulèvent un fumet d’urine intense. Pas de la pisse fraîche, non. Plutôt du remugle de latrines à ciel ouvert qui aurait séché pendant des jours et des jours sous un soleil de plomb.

Les gens toussotent, écarquillent les yeux, se réfugient le nez dans leur écharpe. Les moins valeureux vont chercher leur salut en bout de rame, en vain : le mélange satanique d’alcool rance, de sueur sale et de pisse concentrée les poursuit. Il s’immisce dans la fibre des manteaux, tapisse les muqueuses nasales et se fraie tranquillement un chemin jusqu’aux cerveaux, qu’il paralyse en les submergeant.

Un autre jour, j’aurais peut-être éprouvé un peu d’empathie pour cette vieille cristallisée de solitude et de négligence de soi. Mais là, on est dimanche soir. Je ramène mes enfants à leur maman, au terme d’un de ces week-ends dérisoires qui passent trop vite et où on n’a le temps de rien ; je suis de triste humeur. Alors la vieille qui pue, moi aussi, je la hais. Mentalement, je la mets à bouillir pour désinfecter le tout, peau et nylon. Et je vois bien qu’autour de moi, les autres n’ont pas plus d’égards. In petto, certains se la karchërisent à qui mieux-mieux, d’autres l’aspergent d’eau de javel, d’autres encore se surprennent à songer avec nostalgie aux bûchers de l’Inquisition et à leurs flammes libératrices.

Un très long quart d’heure s’écoule ainsi, avant que le chef de bord ne fasse l’annonce traditionnelle au micro : “Mesdames et Messieurs, nous arrivons en gare de Truc, terminus de notre train. Nous espérons que vous avez effectué un agréable voyage.” Et là, dans ce champ de ruines où des dizaines de quasi-cadavres cherchent un filet d’oxygène pour survivre, une voix s’élève, une seule. Celle de la vieille qui pue, justement. Une voix grasse qui roule ses grumeaux. Et qui, benoîtement, déclare à l’assemblée médusée : “Ah bah quand même ! C’est pas trop tôt !”

Le cadeau de Noël que tes amis préfèrent

couvagenda.jpgJEUNE !

Voilà que décembre est bien entamé et tu es pétrifié(e) d’angoisse à l’idée de devoir trouver un cadeau de Noël pour tes parents aimants, ta cousine moche, ton gynécologue affectueux ou ton adjudant-chef atrabilaire ?

Ne tremble plus ! Car voici que M. LeChieur a œuvré pour ton épanouissement. Clique ici de toute urgence pour feuilleter cet ouvrage indispensable qui fera la joie de tes amis et la déconfiture de tes ennemis ! Tu peux également l’acquérir ici à vil prix.

Tu y trouveras toutes les fêtes utiles à souhaiter (pour ne plus jamais oublier de célébrer la Ste-Zigoune, la St-Agio ou la Ste-Marie-Salope), mais aussi des réjouissances populaires à honorer (telles que la Fête de la brutalité policière, le Blâme des centristes ou la Journée mondiale de l’adultère, par exemple), ou encore de pertinentes informations de santé publique, de culture générale et d’édification de la jeunesse.

N’attends plus ! Lis-le ici, achète-le là et offre-le autour de toi !

(Et si tu es équipé(e) d’un navigateur qui fonctionne à peu près, tu peux même le feuilleter ici même en cliquant sur ‘Expand’ ci-dessous)

Le vieil homme et le jeune pompier

C’était il y a un an, un soir d’hiver et de pluie glacée. Le chef des pompiers avait sauté du véhicule de secours pour me rejoindre en petites foulées. La trentaine arrogante, menton carré et regard perçant.

— Alors, qu’est-ce qu’on a ?
— C’est un vieil homme, un sans-abri. Il est coincé dans l’entrée de l’immeuble, en pleine panique. Je dirais qu’il a dans les 75 ans à vue de nez, peut-être moins. Il souffre visiblement de confusion mentale et ne parle pas français. En tout cas, il a les pieds en sang, c’est pour ça que le samu social ne peut pas le prendre en charge.

Mon interlocuteur avait froncé un sourcil gorgé de testostérone et de suffisance :

— Vous savez, m’sieur, on a pris des risques pour venir ici. On a des femmes et des enfants, nous aussi. Et pendant qu’on bavasse, là, il y a peut-être de vraies urgences qui nous attendent.
— Dites, c’est pas moi qui vous ai demandé de griller tous les feux rouges pour débouler. J’ai passé une heure et demie au téléphone avec les gens du samu social, mais ils ne veulent rien faire. De toute façon, ils n’ont plus de nourriture ni d’hébergement pour ce soir. Ils m’ont conseillé d’appeler le 112. C’est ce que j’ai fait, et j’ai expliqué posément et intelligiblement la situation au régulateur. S’il a décidé de faire appel à vous plutôt qu’aux flics ou au samu, c’est votre affaire ; ne vous en prenez pas à moi. En attendant, on a un vieil homme malade et terrorisé qu’il faudrait soigner, si vous voyez ce que je veux dire.
— Oh, mais ne vous inquiétez pas, m”sieur. On va vous en débarrasser, de votre colis encombrant, puisque c’est ça que vous voulez.
— QUOI ? Vous croyez que j’ai besoin de vous pour virer à ma place un type qui fait tache dans mon hall, c’est ce que vous insinuez ? Vous feriez mieux de faire votre boulot, plutôt que de m’insulter : je vous ai appelés pour prendre en charge une personne malade.

Le galonné s’était approché à regret de l’entrée de l’immeuble. À la vue des uniformes, le vieil homme s’était blotti dans un angle en tremblant.

— Mais il a l’air très bien, le petit monsieur. Rien ne prouve que c’est un SDF !
— Vous vous foutez de ma gueule ou vous avez perdu l’odorat ?
— Oooh, comme vous y allez. Des petits vieux qui se chient dessus, ça arrive.
— Et qui ont une corde à la place de la ceinture, et qui marchent pieds nus dans Paris en plein décembre, et qui laissent des traces de sang derrière eux, et qui délirent, et qui sont dans un état de morbidité avancée… Arrêtez de dire n’importe quoi et faites quelque chose pour l’être humain qui est là et qui a besoin d’une assistance médicale.

Pendant qu’il daignait enfin s’occuper du vieux monsieur, un autre jeune pompier m’a entraîné à l’écart.

— Faut pas en vouloir au chef, m’sieur, il est un peu à cran. Mais vous savez, des gens comme le monsieur, là, rien que ce soir, il y en a des milliers dans les rues de Paris.
— D’accord, mais lui, si on ne le soigne pas, il va mourir. Vous avez vu ses pieds ? Ça ne m’étonnerait pas qu’il ait un gros diabète.
— Vous savez m’sieur, c’est vrai, ce que dit le chef : on a d’autres urgences. On ne peut pas traverser tout Paris pour amener celui-là à Nanterre, alors qu’on sait déjà qu’ils vont nous le refuser. Ils sont débordés, eux aussi.
— Qu’est-ce que vous allez faire, alors ?
— Honnêtement ? On va faire semblant de le prendre en charge pour vous rassurer. Et puis on va le relâcher trois rues plus loin, parce qu’on ne peut pas s’occuper de toute la misère du monde.

Je les ai regardés embarquer le vieil homme sous la pluie battante en ravalant ma colère, ma rage et mes larmes. En me demandant comment l’humanité fait pour se regarder dans la glace, le matin, alors qu’elle se vautre dans l’oubli de soi-même : le gouvernement de l’époque, qui venait d’annoncer une réduction des logements d’urgence ; ce pompier, si arrogant et déjà tellement cloqué de cynisme ; et puis moi, aussi, qui vois régulièrement des familles entières dormir sur les trottoirs de Bastille et qui passe mon chemin en essayant de penser à autre chose.

Alors quand je lis que Cécile Duflot veut débloquer 50 millions d’euros supplémentaires et réquisitionner des bâtiments appartenant à l’église, aux banques et aux assurances, pour grossir le nombre des 19 000 hébergements d’urgence, j’ai envie d’applaudir et de remercier (Je ne mets pas de lien vers les sites d’actu, vous trouverez bien vous-mêmes. Surtout, la polémique avec l’inénarrable Cardinal Vingt-Trois m’épuise et me lasse…)

Quant aux pompiers de Paris, ils ne sont pas près de me fourguer un calendrier, cette année.