★ Les chiens noirs du Mexique ★

M. LeChieur, gros mots sur les internets depuis 2002

Archives mars 2013

Frustrés

Manif de la haine : «Il y avait aussi quelques personnes qui sont calmes d’habitude, mais ils sont tellement frustrés…», explique sans rire un organisateur. Voilààà ! Gars, je crois que tu viens de mettre le doigt sur ton problème. Relis-toi, réfléchis encore un tout petit peu, ça fait un peu mal à la tête au début, mais tu vas y arriver. On croit en toi.

Les Tartuffe du marketing

L’autre jour, je rêvassais en tentant d’imaginer LA revue érotique idéale à mes yeux (oué, je sais… Il y a des gens qui se demandent comment changer le monde, d’autres qui veulent résoudre la crise, d’autres encore qui cherchent à étayer la théorie quantique des multivers, moi je réfléchis à la presse pornographique… À chacun ses utopies, hein !)

Je me disais qu’il y faudrait une multiplicité de points de vue, de modes d’expressions et d’inventions formelles. Je pensais à l’équipe radicalement mixte de contributeurs qu’il serait nécessaire d’y rassembler — hommes et femmes, hétéro, homo et bisexuels, jeunes et vieux, notamment — pour cesser de se piquer aux arêtes des normes et des frontières, et proposer au contraire un tuilage multi-facettes des expériences, des propos, des imaginaires… J’essayais de dresser les grandes lignes d’une politique éditoriale qui serait l’exact contraire de tout ce qui se fait aujourd’hui : ni ces revues crades qui réduisent le corps (féminin, le plus souvent) à un objet de consommation, ni les consternantes pages “sexo”, parfois cliniques, toujours moralisatrices et hétéro-normées de la plupart des magazines féminins, ni encore celles, égrillardes et tout aussi détrempées de moraline, de leurs homologues masculins (je ne connais pas la presse LGBT). Bref, je me demandais de quelles manières une revue (parce que c’est un type de média qui m’intéresse) pourrait proposer un érotisme solaire, libertaire, féministe, fantasque, partageur, joyeux et intelligent — sans être intellectualiste.

Bin le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a du taf.

Parce qu’au détour de mes réflexions et au hasard des propositions de Google, je suis tombé sur le nouveau concours de nouvelles érotiques organisé par le site de publication à compte d’auteur Edilivre. Et là, j’ai vomi mon quatre-heures.

Déjà en temps ordinaire, je n’ai pas beaucoup de considération pour les éditeurs à compte d’auteur[1], qui sont au livre ce que Spanghero et Comigel sont à la gastronomie. Mais là, ces malins marketeux viennent de faire un nouveau pas vers le comble du cynisme et de l’usurpation.

Car voilà des gens propres sur eux qui se sont dit : “Mmmm, le phénomène Cinquante nuances de Grey est indubitablement le signe qu’il y a de la thune à prendre dans le sulfureux. Montons donc une juteuse opération de com’ dans ce sens.”

Alors hop, vite fait mal fait, ils ont demandé au graphiste de service de pondre un petit visuel pour promouvoir l’opération :

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On y aperçoit donc un bout de corps féminin (enfin… Juste ce qu’il faut de poitrine, de nombril et de lisière d’entre-cuisse), avec un effet de flou censé susciter le trouble, et, en arrière-plan, un discret nuage de mots pour émoustiller l’imagination du candidat (j’arrive à distinguer : rêve, imagination, jouissance, richesse, sentiment, manipulation, dévotion, attirance, charme, parjure, passion, soumission, infidélité, ardeur, chaleur et affection. Wouah ! Quelle imagination ! On dirait du Paul-Loup Sulitzer…). Le tout dans un code-couleur déconcertant : mais où sont-ils allés chercher que le bleu froid était la couleur du désir ?

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Mais le plus beau tour de force de ces Tartuffe du marketing, c’est le règlement du concours. Attention, je cite :

Il est bien précisé que la thématique du concours « l’érotisme » concerne ce qui a trait à la description ou à l’évocation de l’amour, la sensualité, le plaisir et le désir sexuel. Toutes phrases ou groupes de mots à caractère pornographique, c’est-à-dire décrivant toute représentation crue ou concrète de la sexualité, d’actes physiques sexuels ou de choses obscènes, seront sanctionnés par le jury.

(Soyons charitables, passons sur l’indigence grammaticale de “Toutes phrases ou groupes de mots…” et revenons à nos moutons.)

Wouahou ! Évoquer en dix mille signes typographiques la sensualité, le plaisir et le désir sexuel, avec l’interdiction formelle de décrire la chair frissonnante, on dirait un challenge organisé pour épargner la susceptibilité des bande-mou et des peine-à-jouir ! La contrainte me rappelle la punition préférée d’un pion que j’avais au lycée : “décrivez une boule de billard immobile, sans jamais évoquer sa forme ni sa couleur. Deux pages minimum.” À ceci près, tout de même, que l’exercice de la boule de billard se proposait comme un jeu pour stimuler l’imagination, tandis que le règlement de nos hypocrites effarouchés n’offre qu’une désolante débandade. Pitoyables nains du plaisir, qui voudraient bien s’encanailler dans un domaine fleurant bon le souffre et l’oseille, mais qui tremblent de peur à l’idée de s’y voir confrontés à une liberté trop grande pour eux. Méprisables petits normalisateurs de l’imaginaire, promoteurs de la censure la plus détestable qui soit : celle qu’on s’inflige à soi-même…

Quand même, deux détails me portent au comble du ravissement, dans cette déjection névrotique qu’ils osent qualifier de “règlement”. D’abord, j’aimerais qu’on réfléchisse deux secondes à ce qu’il faut penser d’un éditeur osant proclamer qu’il s’attend à trouver des choses obscènes dans un texte. Pas des obscénités, non. Des choses. Moi, j’en déduis que l’individu est autant éditeur que je suis équarisseur de gnous ou avaleur de sabres, et qu’il a autant de goût pour la littérature que j’en ai pour les endives bouillies. Et ensuite, je ne me lasse pas de ce terme magnifique qui précise la mesure de rétorsion prévue à l’encontre des éventuels contrevenants : leurs textes seront “sanctionnés”. Pas écartés de la sélection, pas ignorés, pas refusés. Non, non : carrément sanctionnés (on se demande bien avec quel arsenal de punitions). Si j’étais Lacanien (ce que le Gastéropode Lumineux, dans Sa grande bonté hermaphrodite, a bien voulu m’épargner), je gloserais sans doute sur la proximité quasi-homophonique qu’il y a entre “sanctionner” et “sectionner”, et je délirerais sur les ciseaux imaginaires avec lesquels le rédacteur de ce règlement menace ses candidats. Mais pas besoin de psychanalyse de comptoir pour lire ce qui est écrit noir sur blanc ; ni pour y voir le fantasme d’omnipotence de celui qui a besoin de s’inventer une liberté de sanctions avec laquelle il va pourra ordonner une liberté qui l’effraie. Pauvre petite grenouille qui te gonfles d’air pour te voir en bœuf, sale petit opportuniste qui salis un espace de liberté et de plaisir en le tartinant de ton incompétence et de ton goût du lucre, si tu savais comme je te chie au nez.

Note

[1] Le lecteur hâtif trouvera peut-être que je suis gonflé, moi qui utilise Lulu.com à tout bout de champ. Sauf que Lulu n’est rien d’autre qu’une imprimante un peu plus évoluée : il ne demande pas à lire ton manuscrit, il n’a pas de conseil à te donner et il ne pose ni au juge, ni au censeur. Bref, il a la dignité de ne pas jouer à l’éditeur.

Les chiens noirs dans tes oreilles #2

Et hop, voici mes deux chroniques de l’émission du 5 mars 2013. Comme la dernière fois, c’est repiqué à la sauvage sur le streaming de la radio, ce qui explique la mauvaise qualité du son. Et comme la dernière fois, je demande l’indulgence de mes aimables lecteurs, vu que c’était mon premier direct et que c’est pas facile de travailler sans filet…

“Les chiens noirs du Mexique” #2

Lecteur audio intégré

“Pendant ce temps-là, à Castel Gandolfo”

(L’aimable auditeur corrigera de lui-même mon lapsus krasuckien : quelques centaines de milliers de cons dans les rues suffisent amplement, je ne sais pas pourquoi j’ai dit “millions”)

Lecteur audio intégré
Le tout est extrait de l’émission “Ça commence à bien faire” du 5 mars sur 666. Prochain rendez-vous, le mardi 2 avril, en direct de 20h30 à 22h.

Les chiens noirs à la radio #2

Ce mardi 5 mars, à 20h30, je ferai ma deuxième chronique mensuelle dans “Ça commence à bien faire” sur les ondes de 666 (pis ma troisième aussi, d’ailleurs, vu que cette fois, il y en aura deux pour le prix d’une).

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À part ça, rien à voir, mais ce sera aussi le dernier jour pour acheter le numéro 3 de J’ai faim !, le bimestriel cuisine qui ne nous prend pas pour des nouilles. Et dès mercredi 6, hop ! Tous à la maison de la presse pour découvrir le numéro 4, dans lequel j’ai eu le plaisir de signer un papier qui aurait pu aussi trouver sa place sur ce blog.