dimanche 5 février 2017

Je me souviens de 2016

(Un billet pour moi, pour laisser des petits cailloux au fond de ma mémoire. Cherche pas, j’ai tout crypté, tu ne comprendras rien.)

De janvier, je me rappelle surtout la fatigue lourde, obsédante, et l’emploi du temps qui déborde. Je me souviens aussi d’un échange de SMS cinglants, de la fermeture d’une parenthèse, de la frangine du quartier demandant « t’es sûr que tu veux le faire maintenant, ton petit burnout ? » et de la tristesse épaisse qui a commencé à suinter.

En février, il y eut une dernière soirée (qui se révélerait plus tard n’en être pas une), une série de pauses-clopes un samedi soir devant le Che, deux jours de balades-palimpsestes à Saint-Malo, une longue discussion devant un burger-frites, et l’image entêtante de Summer Evening d’Edward Hopper. Et puis, à la fin du mois, un raid en Vendée pour m’engloutir dans le travail acharné et la rigolade automobile.

Balades-palimpsestesBalades-palimpsestes

Mars avait commencé avec un bobun, si je me souviens bien. Il y eut aussi la douceur d’une soirée parfumée de papier d’Arménie et l’étrange week-end qui suivit, un « ça ne va pas le faire » enfoncé au bélier, des réveils chiffonnés, un début de soirée au Verre à soi et l’entrebâillement d’une porte que j’ai regretté plus tard de n’avoir pas bloquée avec mon pied.

Début avril, ce fut Bruxelles avec les ados. Nous avons trouvé la ville abasourdie par les attentats, triste, quadrillée par les militaires et les policiers. Mais cette émouvante affiche de la STIB en noir et blanc, avec un hashtag qui m’a touché à plus d’un titre : « #Bruxellescestnoustous ». Et puis une chouette sortie à la rencontre des Jeannettes, un atelier tampon avec les copains et une soirée chez les amis de la rue Pasteur pour finir le mois sur une note de chaleur.

Discrimination à l'embauche - Bruxelles, avril 2016Discrimination à l’embauche (Bruxelles, avril 2016)

En mai, est-ce que j’ai fait ce qui me plaisait ? Ni ma boîte mail, ni mon agenda ne s’en souviennent. Ils ne parlent que de travail intense et d’heures supplémentaires.

En juin, cette proposition du Proviseur, qui avait remué ciel et rectorat pour rémunérer mes heures supplémentaires mais qui, bredouille, m’offrait une semaine de vacances hors saison. J’en avais profité pour filer une dernière (?) fois à Bruxelles, d’abord chez Olivier puis chez Xave. Et j’ai adoré ce séjour, entre les matins silencieux à la bibliothèque des Riches Claires et les éclats de rire de la place Jourdan, où il fut également question de signaux à la terrasse du Bailli et de l’encombrement d’un rondin.

Par la fenêtre de la rue SimonisPar la fenêtre de la rue Simonis

Juillet se teinta de nuances variées, entre les projecteurs de 4 jours de festival avec les ados, le gris-vert malodorant d’une chambre d’hôpital et le ciel orange et rouge au-dessus d’une moules-frites, au bout du chemin de halage.

En août, il y eut mes péripéties calendaires juste avant d’emménager le Xave au bout du monde, puis l’éblouissement partagé d’une semaine à Nantes avec mes grands : du soleil, des terrasses avec les amis, des œuvres d’art à perte de vue, des visites passionnées, et surtout de l’envie qui pétille, stimulante et dorée comme la lumière du soir sur la Presqu’île.

Cadeau anonyme - Nantes, août 2016Cadeau anonyme, Nantes, août 2016

Déjà septembre et ce fut la rentrée, la Vendée, puis les urgences, les hôpitaux, l’atonie de la détresse, des journées sans répit, le sol qui se dérobe et ces odeurs obsédantes de potage, d’urine et de désinfectant. Et enfin le surgissement de la colère, comme une bouée.

En octobre, il y eut un bowling hilare pour fêter un double quinzième anniversaire et une semaine longue comme un jour sans vin dans la campagne dévastée. Puis j’ai trouvé refuge chez le Xave et sa douce. Je m’y suis apaisé, entre un Thanksgiving gargantuesque, le Paris révolutionnaire d’Assassin’s Creed, les balades sur les rochers et la simplicité gourmande d’un petit resto du port de Brest. Sans oublier une nuit d’écriture pour un concours, ni les oscillations associées, forcément.

Novembre se voulait sans conséquences. Ce fut un long ruban de jours besogneux, avec une petite lumière qui scintillait au bout : la perspective d’un peu de temps pour moi, enfin. Un week-end entier sans engagements, sans contraintes, sans horaires ? Des semaines que j’en rêvais. Je ne fus pas déçu.

Et décembre, alors ? Bruxelles, encore ! L’invitation d’Olivier qui m’a tant fait plaisir, le rituel des ricanements place Jourdan, des jours chauds malgré les températures sibériennes, des gens qui m’avaient manqué et un réveillon-raclette qui a réussi à me réconcilier avec tous les 31 décembre de la terre. Et le lendemain, je commençais 2017 avec des amis souriants, des envies plein la tête et des pancakes à la myrtille. Ce qui est exactement ce que je nous souhaite à tous pour tout le reste de l’année.