En Belgique cette semaine, j’ai découvert “La Dernière Heure”. Un quotidien à côté duquel on soupçonnerait “Le Parisien” de cacher en son sein des gauchistes et des intellectuels exaltés. Un article particulièrement croustillant y fustigeait “les écolos et les socialos”, qui, d’après ce que j’ai compris, auraient décidé de se coller un couteau entre les dents pour mener le plat pays à sa perte. La chute de ce morceau d’anthologie était ainsi rédigée : “vous avez dit démocratie ?”

Bin non, j’ai rien dit, moi, Coco. C’est toi qui en parles, de la démocratie, pour venir au secours de ta prose nauséeuse. Et puis, il faut me laisser tranquille, maintenant, monsieur le plumitif, j’aime pas tellement qu’on m’agresse la tête.

J’oublie l’affaire, je rentre en France, et là, dans le train, je feuillette Libé. Et devinez qui vient me sauter à la gorge au détour d’un courrier des lecteurs ? “Vous avez dit…” ! Je ne sais plus si c’était “démocratie”, “liberté” ou “mon cul”, mais peu importe : c’est bien la même formule passe-partout, facile à placer en toutes circonstances, économe en neurones, et qui fleure bon le verbe d’antan, le poujadisme bon teint, la vitupération digestive, la rhétorique confite dans le cholestérol et l’écriture comme on se torche. Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me donne des bouffées de violence sanguinaire. Que je ne croise pas l’imbécile flapi qui, le premier, ânonna en rotant son quatre-heures cette formule reprise en chœur par un troupeau de trépanés bêlant, ou je risque de me livrer à des actes fortement réprouvés par la Convention de Genève.