J’ai retrouvé (dans Libé je crois) une autre chute-à-collectionner usée jusqu’à la corde : “mais ceci est une autre histoire”. Bon, honnêtement, je ne dis pas que je ne m’en suis jamais servi à la fin d’un partiel de DEUG. Mais c’était il y a longtemps et il y a largement prescription. Vous avez dit cliché ?

Hem… Voilà, voilà… Je fais le malin, mais j’ai 31 ans depuis hier. Et, autant l’avouer, je n’aime pas du tout ce 1 menaçant en fin de nombre. Autant le 0, signe du compte rond et de la bonhomie proverbiale du 30 ne me dérangeait pas, autant le 1 me débecte. Raide comme la justice, là, avec son bec crochu qui n’est pas sans évoquer certains aspects ludiques du pic-à-glace, il me regarde. Et il ricane, savourant l’emmerdement qu’il suscite rien que par sa présence. Puis il jette un coup d’oeil par derrière-soi, et sourit à la cohorte détestable des huit autres chiffres qui vont s’amener à la queue-leu-leu, complices et foireux, au fil des ans.

Je sais que j’ai encore presque douze mois pour m’habituer, mais je le clame haut et fort, je n’aime pas DU TOUT avoir 31 ans.

J’aime bien être papa, par contre[1].

Aujourd’hui, J. a fait une grosse poussée de fièvre à 8 heures. Affolement, H. qui est venue à la rescousse pour s’occuper de N. qui voulait quand même déjeuner, bain à 37°, doliprane en suppo, regards anxieux vers cette saloperie de thermomètre qui ne veut pas descendre, course poursuite pour ramener la voiture chez le garagiste, déposer N. chez la nounou, visite essouflée chez le médecin… j’ai donné le meilleur de moi-même pour honorer les clichés habituels.

Mais à 10 heures, J. s’est enfin calmée en s’endormant dans mes bras. Et on est restés un long, très long moment, immobiles, moi assis dans le fauteuil à l’écouter dormir, elle abandonnée contre mon bras, comme elle faisait quand elle avait trois mois.

Un sacré bon moment.

Mais, comme disait le poète inspiré, ceci est une autre histoire.

Note

[1] et j’emmerde solennellement les imbéciles et les académiciens qui répondent en bêlant “en revanche” quand on dit “par contre”. J’aime pas 31, mais, en revanche, j’aime beaucoup par contre.