Joe Strummer est mort la semaine dernière. Juste avant Noël, comme ça, sans raison valable. Pour faire chier. Comme un sale punk. J’ai l’impression qu’il en a profité pour embarquer les flippers à 2 francs, le café de chez Maricot, les films de Jim Jarmusch, les interros d’allemand, les bouquins de John Fante, les concerts de Toy-Dolls au Focolex de Lisieux, l’amour sans le SIDA et tout ce qui faisait mes quinze ans. Salaud de Rosbif.

Bon, d’accord, Joe Strummer est mort, mais on a toujours Axelle Red.

J’avais rien contre Axelle Red. J’aime bien les Belges (et les filles, aussi), je lui trouvais un charme discret, et puis Renaud l’avait choisie pour chanter “Manhattan Kaboul”. Et j’aime beaucoup Renaud, même quand il a suffisamment bu pour voir des éléphants roses et pour confondre une starlette régécolor avec une chanteuse. Je n’avais d’autant rien contre Axelle Red que je ne l’avais quasiment jamais entendue chanter. Mais un jour, ça a été pire, je l’ai entendue parler. C’était sur France Inter, dans l’émission de Pierre Weil, il y a quelques semaines.

Elle dit des choses étonnantes, Axelle Red. Elle explique qu’elle a des tas de choses à dire, en tant que chanteuse idiote. Elle dit “je veux qu’il y ait un message dans mes chansons”. Elle est résolument anticonformiste. Elle dit : “Par exemple, je critique les intégristes religieux”.

Moi, du coup, je suis inquiet. Je me dit qu’ils doivent moins bien dormir, les fous de Dieu, depuis qu’elle les critique. Et je l’aurais bien écoutée davantage, Axelle Red. J’aurais bien aimé qu’elle se lâche un peu, qu’elle nous parle de ses engagements. Elle doit avoir des avis drôlement originaux sur la mort qui est nulle, surtout quand c’est des enfants, sur la guerre qui est beaucoup trop violente, sur la drogue qui est caca, et sur le mois de décembre, où mieux vaut un bon froid sec qu’un petit vent humide.


A mon avis, les gens qui écoutent Axelle Red, ce sont les mêmes que ceux qui envoient des cartes de voeux virtuelles.

J’ai horreur de ces saloperies au mauvais goût clinquant, ces trucs hideux qu’on met des heures à télécharger pour se retrouver bouche bée devant des GIF animés avec des Père Noël demeurés qui sautent dans tous les sens, des sapins sous la neige ou des rennes qui s’enculent. J’ai horreur de ça, mais je croyais que je serais épargné : je n’ai pas d’ami. Hélas, trois fois hélas, je connais un bon demi-million de gens qui n’ont pas d’ami non plus mais qui le vivent mal. Du coup, ces aigris choisissent la carte HTML la plus ringarde sur www.je_m’emmerde_dans_la_vie.com, et ils l’envoient à l’ensemble de leur carnet d’adresse. Et moi, j’y suis, dans leur carnet d’adresse ! Au secours ! Après “solidaridad con Brian” et “attention, virus !”, le hoax le plus couru par les cons s’appelle “bonne année” !