Je suis allé dans une ville que j’adore, cette semaine, pour voir le concert des musiciens avec qui je travaille.

Ca aurait pu être sympa, s’il n’y avait pas eu Trou-Du-Cul.

Trou-Du-Cul est journaliste “culture” dans un quotidien national qui s’occupe des faits-divers sanglants avec tellement de ténacité que le mot “culture” y est aussi incongru que “préservatif” dans La Croix ou “humour” dans le Figaro.

Mais ça n’empêche pas Trou-Du-Cul d’être drôlement important, comme gars. Quand il arrive, en voyage de presse (transporté, nourri, logé, bichonné aux frais de la maison de disques), il aime bien faire le capricieux. Tout le monde est tellement anxieux à l’idée qu’il fasse un mauvais article ! Trou-Du-Cul veut qu’on invite son cousin de province en loge ? On invite le cousin, et on fait risette. Trou-Du-Cul veut qu’on nourrisse le cousin, la femme du cousin, la concierge et le poisson rouge ? On nourrit. Trou-Du-Cul exige qu’on lui tienne compagnie dans un bar glauque ? On continue de sourire et de trouver tout ce qu’il dit tellement passionnant… Heureusement que Trou-Du-Cul n’a pas eu subitement envie de faire sauter la planète, on aurait été obligés d’appeler Georges Bush.

Moi, j’ai trouvé que Trou-Du-Cul était mal-élevé. Quand j’ai dit ça, mes copains musiciens m’ont regardé avec des grands yeux très étonnés. Ils ont commencé à chercher mon pouls, et à vouloir vérifier ma tension. Et puis ils m’ont rappelé doucement que ça faisait longtemps que je n’avais pas été en situation, mais qu’il fallait que je fasse appel à mes souvenirs professionnels : un journaliste qui profite de son pouvoir pour jouer les pique-assiettes, c’est normal. Il faut être gentil quand même, c’est le métier. J’ai répondu que je trouvais que c’était un métier de mal-élevés , et là, ils ont failli appeler le SAMU, l’air visiblement inquiets. (Il faut dire que mal-élevé , c’est le comble de l’insulte pour ma mère qui habite à la campagne, mais dans mon boulot, ça ne veut pas dire grand-chose).

Comme dit Chérie-Chérie, l’attachée de presse, “tu vois, mon chéri, ce qui est emmerdant avec ce journaliste, c’est qu’il n’est pas pratique”.


N’empêche qu’il m’a bien gâché la soirée, avec ses caprices, le pas-pratique. Moi, du coup, je suis arrivé en retard à mon rendez-vous. Je devais retrouver mon ami névropathe-obsessionnel, et surtout faire enfin connaissance avec son amie de coeur.

Vu l’heure tardive à laquelle je suis arrivé, elle a été vachement loquace. Elle a dit “bonsoir”, et puis elle est allée se coucher.

Ca faisait une heure qu’elle m’attendait dans un hall d’hôtel triste. A votre avis, pour elle ce soir là, c’était qui, le Trou-Du-Cul de service ?

Putain, ils sont contagieux, en plus, ces cons-là.