”Est-ce de ma faute à moi
Si j’aime le café et l’odeur du tabac
Me coucher tard la nuit
Me lever tôt l’après-midi
Manger au resto
Et boire des apéros
A votre santé ?”
Bénabar

Sur internet, comme partout ailleurs, les cons représentent, de loin, la part la plus significative de la population.

Ils visitent des sites de cul, polluent les mails de leurs collègues avec des blagues vulgaires, font suivre toutes les fausses rumeurs comme un seul homme, envoient des photos de leurs dernières vacances désastreuses en BMP (10 Mo !), affichent leur CV en croyant qu’un employeur va leur proposer un pont d’or pour avoir l’exclusivité de leur médiocrité triomphante, se font passer pour ce qu’ils ne sont pas sur les lignes de tchatttttt, squattent les mailing-lists avec leur babil insignifiant, infestent leurs pages perso de pubs débiles en croyant qu’elles vont leur rapporter des sous, pleurent pour qu’on signe leurs livres d’or, collectionnent les fautes d’orthographe, essaient de se faire référencer sur le hit-parade, réduisent leur vocabulaire à trois smileys, jouent aux jeux en ligne, participent à tous les concours, veulent à tout prix le quart d’heure de célébrité promis par Warhol, pillent des disques, des films et des jeux vidéo, retrouvent leur ancien souffre-douleur de sixième sur copainsdavant.com, enchérissent sur e-bay, téléchargent sur telecharger.com, tapent “sex” dans Google, consultent leur horoscope, croient tout ce qu’on leur dit, copient-collent du javascript insupportable pour agrémenter leur prose affligeante, s’équipent en ADSL, ont l’impression d’être vachement branchés “nouvelles technologies” parce qu’ils parlent en mégahertz (“eh, ton ordi, il fait combien de mégahertz ?”), se moquent des plus cons qu’eux… ou livrent leurs états d’âme ici-même.

De tous temps, le con a été une vache à lait pour le commerçant rusé. Mais là, avec les nouveaux cons branchés sur le net, c’est du gateau.

Certains portails ont ainsi inventé le concept de “service payant” : tu as exactement le même service que sur un site gratuit (en général, un truc où y a pas trop besoin de réféchir, comme l’horoscope), mais tu payes. Ils ont dû se dire que si ça marchait avec le porno, ça marcherait aussi bien avec tout le reste. Ils sont malins, tous ces anciens d’HEC spécialistes du marketing-pour-les-cons.

Devinez quelle est la dernière réussite commerciale en date, parmi les “services payants” : un test qui relève quasiment du domaine public, qui est d’une simplicité enfantine à programmer, et qui n’a pas demandé plus d’une demi-journée de boulot à la société qui fait ses gras profits dessus ? Allez, réfléchissez, c’est facile…

…”Calculez votre Q.I. pour 2,99 euros” !

Non seulement ils sont cons, mais ils ont besoin qu’on le leur dise !

Quant à moi, je me mets en pause pour une quinzaine de jours. Le temps de consacrer mes soirées à autres chose qu’à me faire mal aux yeux sur un écran.

Rendez-vous en mars.