Il y a bien des années, un rebouteux habitait dans la petite maison en briques, tout au bout du village.

Les rebouteux, c’est très utile dans mon coin. Parce que ça soigne le carreau. Le carreau, c’est une maladie un peu confuse, qui ne frappe que les normands, et qui fait mal au ventre. On s’en débarasse en se faisant toucher. Ou alors, en consultant un vrai médecin inscrit à l’ordre. Mais là, il peut y avoir des surprises : je connais une fille qui était allée voir le docteur parce qu’elle trouvait que le carreau la lançait quand même plus que d’habitude. Le toubib lui a pas touché le ventre en faisant des incantations bizarres, mais il lui a annoncé qu’elle était enceinte depuis six mois !

Bref, le rebouteux, c’était un gars qui n’aimait pas trop la concurrence. Alors forcément il détestait cordialement le clergé. Quand le temps menaçait, il annonçait d’une voix de stentor : “Ah ! ça ! Il va sûr’ment nous tomber que’ques curés pis que’ques bonnes soeurs, aussi !”.

Comme quelques bonnes âmes du village s’en étaient émues à l’office, le curé de la paroisse vint lui rendre visite, histoire de vérifier les dires de ses grenouilles de béniter, et, éventuellement, de remettre le pêcheur dans le droit chemin.

“Bonjour, père Machin !
- Bonjour, m’sieur le curé.
- Ah, ça ! Le temps est couvert, aujourd’hui…
- Ah ben on peut le dire, m’sieur le curé.
- Il va nous tomber quelque chose…
- Ca se pourrait bien, m’sieur le curé.”

Voyant que le gars se méfiait, le curé décida de lui forcer un peu la main :

“Ca serait-ti pas quelque curé ? Et quelque bonne soeur, aussi ?
- Oh oui, m’sieur le curé. Sûrement que’ques saloperies dans ce goût-là !”