Bon, d’accord, les quadrupèdes ne me sont pas totalement indifférents. Tout à l’heure, il y en avait un qui dormait sur mon épaule pendant que l’autre se laissait caresser distraitement la tête, et je me disais que c’était bien reposant, tout ça.

Mais alors s’il y a un truc qui m’énerve, ce sont les mémères à chienchiens, et toute l’économie qui s’y rapporte.

Pourtant, aujourd’hui, j’ai emmené mon clebs chez Coiff’Toutou.

Je sais, c’est vicieux. Mais ça fait des semaines qu’il se traîne à cause de la chaleur, et je me suis dit que c’était l’occasion d’un nettoyage complet. Et puis, quand c’est moi qui lui donne son bain, j’ai mes pudeurs. Je touche pas aux organes de l’entre-patte, ça me débecte. Comme c’est là qu’il se pisse dessus prioritairement, c’est une zone qui pue encore plus que les autres. Je me suis donc dit que la toiletteuse, ça allait être l’occasion de lui virer les poils qui donnent chaud, et de désinfecter la zone qui schlingue.

Donc, on est entrés dans la quatrième dimension. Lui tout essoufflé à tirer comme une andouille sur sa laisse, moi un peu énervé de me compromettre dans ce genre d’endroit. La fille a tout de suite donné le ton : “Ah ! C’est Domino ! Bonjour Domino !”. Moi, l’être humain qui me démenais à l’autre bout de la laisse, je pouvais crever : la courtoisie, c’est fait pour les chiens. Elle devrait se méfier, pourtant, si elle veut des sous : j’ai pas suffisamment confiance en mon chien pour lui refiler mon code de carte bleue. Et même s’il le savait, il serait incapable de le composer, avec ses grosses pattes gauches.

Comme je me remettais doucement en respirant avec le ventre, la fille en rose a posé la question qui hébète : “Qu’est-ce qu’on va lui faire ?”. Au début, j’ai cru que j’avais mal entendu, alors je lui ai demandé de répéter. Comme elle s’obstinait, j’ai cru qu’elle blaguait. A la troisième reprise, j’ai compris qu’elle voulait vraiment que je lui dise “ce qu’on allait lui faire”.

J’ai failli répondre “eh ben vous lui lirez des passages de Bergson en lui massant le dos avec des huiles essentielles, et s’il a soif vous pouvez lui offrir une petite tisane”, mais je suis pas sûr que les aliens qui travaillent dans des salons de toilettage pour chiens partagent mon sens de l’humour. Alors j’ai demandé qu’on lave ce qui pue, et qu’on coupe ce qui dépasse. Texto. La fille a souri, avec un air dont j’aurais dû me méfier, et elle m’a demandé de repasser dans deux heures.

Qu’ai-je fait ? Par la moustache de Pleksy-Gladz, qu’ai-je fait ? J’ai abandonné une bête pour qui j’ai de l’estime (malgré ses lacunes) aux mains d’une folle !

Quand je suis revenu, deux heures après, un chien qui m’était inconnu m’a fait la fête. J’ai tourné autour de la bête avec un air méfiant, je l’ai reniflé, mais ça ne ressemblait à rien. Alors j’ai dit “Domino ?”, en faisant la tête de celui à qui on ne la fait pas, et l’animal a remué la queue. Pas de doute : la folle avait transféré le cerveau de ma bestiole dans le corps d’un chienchien à Mémère.

Cet imbécile est méconnaissable. Poils rasés, tronche taillée façon clebs de concours, il ne lui manque qu’un noeud rose entre les oreilles.

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Lui, le chien qui passe son temps à se rouler dans la merde, à se lécher les couilles et à fouiller dans les poubelles, elle me l’a transformé en bébête à concours.

Et vous ignorez encore le pire : quand elle a eu fini de lui couper les poils, elle l’a aspergé avec un spray. Naïvement, j’ai pensé que c’était un peu d’antipuce, à titre préventif.

C’était du parfum.

A la vanille.

Moyennant 36 euros, quand même, j’ai donc chez moi un chien qui sent la teenager des années 80. C’est vous dire si je suis pas peu fier.