Ca faisait bien longtemps que je ne vous avais pas donné de nouvelles de mes deux imbéciles à quatre pattes. Voilà donc une lacune que je vais m’efforcer de combler.

J’avais raison de m’inquiéter : si le chat croit vaguement que je suis sa mère (je l’ai nourri au biberon, ça rapproche), le chien, lui, se prend pour son père (à l’exception des moments où sa libido pathologique l’incline à vérifier l’adage selon lequel “les chats ne font pas des chiens”). Gros, TRES GROS problèmes d’identité chez le félin qui, à 11 mois révolus, ne sait toujours pas miauler. Ni ronronner. Ni se laver. En revanche, le chien a beaucoup appris de son nouveau copain : comment il est agréable de ne rien faire du tout en se vautrant dans le canapé à longueur de journée, comment on se poste sur le rebord de la fenêtre (avec le gros cul qui dépasse dans le vide) pour surveiller son territoire en restant bien au chaud, comment c’est rigolo de fouiller les poubelles pour récupérer un reste de gras de jambon, et j’en passe.

Individuellement, ces deux-là n’auraient pas beaucoup plu à notre gouvernement, celui qui veut remettre la France au travail. Déjà, la France, ça ne les passionne pas tellement, comme territoire. Mais alors le travail…

Individuellement, disais-je. Parce que réunis, c’est encore pire : les voilà copains comme cochons, solidaires dans la flemme, unis jusqu’à la mort pour faire valoir leur droit à la paresse.

Depuis quelque temps, pourtant, l’atavisme semble avoir repris une partie de ses droits chez le chat : il ne se lave toujours pas (je me retrouve donc obligé de donner régulièrement le bain à cette bête, qui offre la particularité d’avoir le corps entièrement recouvert d’une épaisse couche de laine angora. C’est ridicule), mais au moins il sort chasser la nuit (au grand dam du chien, qui s’inquiète beaucoup de ces absences répétées). J’avais un chat affectueux. Voilà qu’il est liquide : quand il rentre de ses activités nocturnes, il s’affale sur le premier être humain qui passe, et dégouline de bonheur et de chaude quiétude.

Vous n’imaginez pas combien c’est dur. Ce matin, par exemple, quand j’ai dû m’arracher à la douce chaleur du foyer pour aller crapahuter dans des champs de boue, sous un froid humide, les cheveux au vent et les pieds dans la merde… Moi, à la bourre, qui partais en courant comme une andouille stressée pour gagner le salaire d’un ouvrier albanais. Et les animaux, confortablement installés dans leur sommeil sans rêve, collés l’un contre l’autre pour se donner du courage à ne rien faire, insouciants et béats… Je les aurais tués, ces fumiers heureux.

D’ailleurs, c’est ce que je vais faire.

Puisque le crétin de Save Toby a déjà réussi à engranger plus de 28.000 dollars avec son lapinou, y a pas de raison que je fasse moins bien avec mes deux feignasses patentées. Alors je vous préviens : si vous ne vous cotisez pas pour m’envoyer 50.000 dollars, j’adresse ces deux dégénérés au premier équarrisseur venu. Vous ne voulez pas transformer une belle amitié contre-nature en drame de la cupidité ? Alors vous pouvez commencer à casser la tirelire.