Plus il y a de pizzas sur le marché, et moins c’est facile d’en manger une bonne. Heureusement que je suis là.

J’ai essayé toutes les variétés surgelées (pâte fine, pâte pan, pâte épaisse, américaine, italienne, albanaise, cuite au feu de bois, cuite au four à pierre, pas-cuite-qui-lève-dans-ton-four, au fromage, au double-fromage, au triple-fromage, artisanale, industrielle, micro-ondable, bien garnie, mal foutue, et j’en passe). Après, comme je suis un aventurier, j’ai aussi tenté celles du rayon frais (en gros : des ronds blancs écoeurants et épais, sur lesquels un malfaisant a tartiné du vomi teinté en rouge). Puis je suis allé à la pizzeria de ma ville mon village (pâte sans sel, champignons de conserve, coulis de tomate transgénique). Finalement, j’ai aussi essayé le cul du camion (le must : pâte molle façon chewing-gum, garniture sans goût, et surtout, surtout, cet horrible fromage en tube qu’on étale en appuyant, et qui fait “sprotch” en sortant, comme de la mauvaise mayonnaise. Bilan : deux comprimés d’Oxyboldine).

J’ai cru que j’étais définitivement dégoûté.

Et puis, heureusement, ma nature optimiste a repris le dessus. J’ai fini par manger une excellente pizza, qui m’a réconcilié avec l’espèce humaine. Comme le cuistot c’était moi et que je ne suis pas chien, je vous donne ma recette.

On prend une bonne dose de farine de type 65, on ajoute un peu de sel et un sachet de levure boulangère sèche. On mouille avec de l’eau tiède, et on pétrit longuement (si possible dans le mixer, c’est moins fatigant et c’est plus énergique). On forme une boule, on la met dans un saladier recouvert d’un torchon pas trop douteux, on dispose le saladier au-dessus d’un récipient d’eau très chaude, et on fait lever 40 minutes environ. Pendant ce temps-là, on fait blondir des petits oignons à feu doux (et à l’huile d’olive), et on dénoyaute des olives noires, si possible de Nice (super-chiant, à dénoyauter…). On met aussi son four à préchauffer à 240° et on pèle ses tomates (pour peler des tomates, on les incise en croix sur le dessus et on les plonge une minute dans l’eau bouillante : y a plus qu’à tirer sur les pointes sans se brûler). Si on est courageux, on les épépine aussi (mais moi, non).

Quand la pâte est levée, on l’étale gentiment, dans les 5 mm d’épaisseur. On pose doucement ses tomates préalablement pelées et concassées (en virant un maximum d’eau si on ne veut pas servir une éponge chaude à ses invités), on ajoute les oignons dorés, les olives, on sale, on poivre, on saupoudre généreusement de marjolaine et d’un soupçon de thym, on verse quelques gouttes d’huile d’olive pour le parfum, et on a le droit de mettre du fromage, mais uniquement du Comté (du vrai, de l’affiné 18 mois, pas de la merde en plastique) parce que le premier qui me trouve de la vraie mozzarella de bufflonne en France, je le nomme chevalier de l’ordre du Gastéropode Lumineux. Les autres trucs débiles (jambon, champignons de Paris, merguez, coeurs d’artichaut (!), chorizo, moules en boîte, thon, etc…), vous pouvez les laisser à Tino, le pizzaïolo du coin de la rue (en fait, il s’appelle Jean-Pierre et il a appris l’italien en regardant Un poisson nommé Wanda), parce que ça n’apporte rien. Au contraire, même, ça ôte tout le plaisir.

Ensuite, y a plus qu’à mettre ça sur la plaque, avec un papier cuisson pour éviter les catastrophes. Pour le temps de cuisson, ça dépend de ton four alors t’as qu’à surveiller en buvant un petit verre de vin. Du rouge, hein. Le premier qui me sert du rosé dégueulasse avec ma pizza maison, je l’énuclée avec une petite cuillère.

Voilà. C’est mon blog après tout, j’y mets ce que je veux.