A Trouducul-sur-Mer, il y a trois journaux locaux : celui à qui je vends des articles-pas-intéressants-mal-payés, celui qui se vautre dans l’abjection totale pour vendre du papier (par exemple en titrant “C’est vos enfants qu’on menace !” en gras et sur cinq colonnes, à propos d’une misérable affaire de trafic de shit), et celui qui caracole en tête des ventes.

Avec le premier, ma mission était simple : augmenter les ventes. Sans me vanter, c’est pas très compliqué de le faire au coup par coup. Il suffit d’un bon papier d’ambiance bien senti sur le thème “Ah ! Comme c’était mieux avant…” avec deux ou trois cartes postales d’époque, et roule ma poule, le tirage est épuisé en quelques heures. Autres ficelles pas trop fatigantes : un portrait du médecin qui soigne 90 % de la population, un autre du curé, etc… (Faut vraiment avoir faim, entre nous, pour se laisser aller à d’aussi misérables occupations. Encore six mois de collaboration[1] à ce truc et je me pends avec mon intestin grêle).

Bon, ça marche, mais pas dans la durée. Passé l’engouement compulsif, les gens reviennent au troisième journal, le leader indétrônable.

Vous savez pourquoi ? Parce que sa page des avis de décès est de loin la plus complète. Si.

Note

[1] Ouais, je serai tondu à la libération.