Hier après-midi, sur une plage. Je passe prendre un sandwich avant de retourner au boulot, et je me laisse tomber sur une chaise en plastique, les pieds dans le sable. Je regarde la mer en pensant à ce que j’ai à faire.

Le type se plante devant moi, à moins de deux mètres. Il est torse nu et en short. Sa peau blafarde suinte la crème solaire. Il écarte largement les jambes, et dodeline de la tête en me regardant, avec un sourire satisfait. Tout en lui hurle sa question muette : “t’as vu mes couilles ?”

Il n’essaie pas de me draguer ni de me provoquer. Il est juste super-content. De ses bourrelets qui crament sous les UV-A et les UV-B, de sa copine qui le rejoint bientôt et qui pue le monoï, de ses vacances à deux balles sur une plage qui sent le graillon, et de ses couilles, donc, qui prennent le frais sous mon nez pendant que je mords dans mon casse-dalle. Dans une semaine, il reprendra le volant de sa Volkswagen et il retournera bosser onze mois d’affilée. Là, il aura son gentil costard-cravate de cadre morne. Mais en attendant, il s’offre un peu de détente en retrouvant ses instincts de primate.

Les touristes qui font la joie des commerçants de mon coin commencent sérieusement à me gonfler.