— Papa, c’est bon. C’est quoi ?
— Le résultat de la précarité économique dans laquelle ton papa se débat, et qui fait que le frigo est désespérément vide, mon chéri.

Non, je déconne. J’ai pas répondu ça. J’ai juste dit “on va l’appeler le nonalito”. Et mon fils a répété : “c’est bon, le nonalito”.

Recette du Nonalito
(ou : comment on improvise un repas avec trois restes)

Ingrédients (pour 4). Farine, 1 sachet de levure boulangère, 300 grammes de viande de boeuf (ou 3 steaks hachés), 2 tomates, quelques feuilles de salade, 2 petits oignons, 2 yaourts, huile d’olive, carvi[1], sel, tabasco.

Préparation de la galette. Mélanger farine, sel, levure boulangère dans le mixer avec un yaourt, une cuillère d’huile d’olive et un peu d’eau chaude. Le résultat doit donner une boule de pâte homogène, qui se décolle des parois du mixer, tout en restant bien souple.

Pendant que ça lève. Hacher le boeuf, puis griller le hachis dans la poêle. Ajouter une cuiller à soupe de carvi et saler en cours de cuisson.

Laver la tomate, la découper en rondelles très fines. Hacher l’oignon. Cisailler la salade. Dans un bol, mélanger le deuxième yaourt avec 10 gouttes de tabasco.

Garniture du nonalito. Séparer la pâte en quatre boules identiques, puis aplatir chacune d’elles au rouleau à patisserie, jusqu’à obtenir des espèces de très fines crèpes. Les cuire une à une dans une poêle antiashésive très chaude (2 minutes par face). Tartiner généreusement chaque galette de sauce yaourt-tabasco, ajouter la viande au carvi, la salade, les rondelles de tomate et les oignons crus. Plier les nonalitos en deux, et servir immédiatement.

Ça tue sa mère.

(La galette doit avoir l’aspect d’une pita, et le moelleux d’un burrito).

Après, vous pouvez en prime vous fendre d’un discours ethno-gastronomico-historique qui ravira votre auditoire. Dans ce cas, se munir d’un air docte et expliquer aux gens que vous nourrissez qu’ils s’inscrivent dans une tradition culinaire vieille comme l’humanité : une galette (de blé, de riz, de maïs…), des restes dedans, on plie, on mange. Au moyen-âge, les chair-cuitiers vendaient déjà ce genre de trucs dans les rues de Paris. Ailleurs, ça s’appelle des nems, des pitas, des pizzas, des tacos, des galettes-saucisses, des hamburgers, des naans au mouton, des bricks aux oeufs, etc., etc… Et oui, ce cher John Montagu, 4ème comte de Sandwich, n’a rien inventé du tout. Et c’est même pas lui qui a découvert les îles qui portent son nom : Môssieur l’Amiral préférait jouer au whist en gueulant sur les domestiques…

Post-scriptum : merci à Mémé-Carbure, qui a inspiré l’improvisation de cette recette avec le récit de ses turpitudes prandiales.

Note

[1] si vous êtes de ces gens qui n’ont pas un peu de carvi à la maison, je vous cause pas.