Ce matin, j’ai été réveillé par la gardienne qui glissait sous ma porte le courrier de samedi. Je suis allé le récupérer encore un peu endormi. L’une des trois enveloppes n’avait pas réussi à passer sous la porte. J’ai tout de suite reconnu le format d’un CD. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un nouveau cadeau de Jules qui, adorablement, m’envoie de temps à autre un enregistrement original. Je me trompais. Mais là n’est pas la question.

C’est dans mon bain, en repensant à toute l’affaire, que j’ai réalisé que j’avais, in petto, utilisé l’adverbe néologisant “adorablement”. “Adorablement”… Comment avais-je pu laisser ainsi divaguer mon esprit pour, imbécilement, me laisser aller à une telle faute de goût ?

D’un bond, je me jetai, douloureusement, hors de la baignoire. Avais-je pensé “imbécilement” ? Et là, trente secondes plus tôt, n’avais-je pas osé un “douloureusement” malencontreux ? Paniquemment, je téléphonai incontinent à mon psy. Mes neurones, bordéliquement, ne me laissaient plus, horriblement, maître de mes pensées. J’étais innocemment victime d’une attaque d’adverbes terriblement, fatalement et inexorablement brutale. Hélassement, le docteur von Schultz n’était tragiquement pas à son cabinet. Méchamment, les adverbes pilonnaient de plus en plus fortement mon cerveau maladivement et honteusement vacillant. Surréalistement, ils s’entrechoquaient violemment sous mon crâne. Rapidement, je fermai doucement les yeux. Il fallait fermement reprendre le contrôle. Se concentrer sur les adjectifs. Oublier les adverbes. Voilà. Des phrases courtes. Sans verbe. Si possible. Tenir. Longtemps. Merde, j’ai dit “longtemps”. Des adjectifs, nom d’une pipe ! Pas compliqué. Belle matinée. Gardienne acariâtre. Porte ajourée. Samedi lumineux. Trois enveloppes fatiguées. Le format carré d’un CD. Délicat cadeau. “Délicaca”, ah ah ah. Ce con de Jules.

Pouf-pouf. En cette belle matinée, j’ai été réveillé par la gardienne acariâtre, comme tous les jours. Bien qu’on fût un samedi, cette vieille pie n’avait pas attendu sept heures pour glisser le courrier sous ma porte ajourée. Trois enveloppes fatiguées, dont une au format carré d’un CD. Ce con de Jules, avec ses insupportables originaux ? Non, mais là n’est pas la question.

Trop d’adjectifs, cette fois. Mais j’avais échappé à “adorablement”. Et si je me concentrais sur les verbes ? Je décidai de me recoucher.

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Ceci constituait ma participation du jour au sablier de Kozlika