Les vaches rousses, blanches et noires
Sur lesquelles tombe la pluie
Et les cerisiers blancs made in Normandie
(Stone & Charden)

Hier, ça sentait les vacances. Un vrai week-end, enfin, sans m’esquinter les yeux sur l’écran de l’ordi, sans me lever à 5 heures pour écrire et sans fumer tout un paquet de Camel d’affilée en tapant des articles dépourvus du moindre intérêt. La joie, quoi.

Pour l’occasion, on était invités chez des amis qui viennent d’acheter un camping dans un magnifique bout de Cotentin. Imaginez : un village en pierre, une route qui serpente, de la lande qui s’agite sur la dune, et un panorama grand ouvert sur une baie sauvage. Quand Jérôme m’a proposé de venir, vendredi, j’en sautais de joie. Je m’y voyais déjà… Le transat sous le soleil, la douce odeur de grillades, un filet de transpiration sur ma tempe, une chaleur sur ma nuque, et un ciel bleu à faire fondre les pierres.

Raté. On est arrivé en plein camaieu de gris et de vert mouillés, avec des nuages bas qui se prenaient pour l’écume. Au moment de passer à table, on s’est réfugiés dans la future friterie de Jérôme, une cabane en bois qu’il vient de monter à côté de l’accueil. On s’est jetés sur les pulls, et on s’est réchauffés autour d’un café fumant. On a passé une nuit froide et humide dans un mobilhome traversé de courants d’air, en se collant l’un contre l’autre pour se sentir pas tout à fait morts. Et ce matin, quand j’ai mis le cap sur la boulangerie du village, ça sentait le sable et la terre gorgés d’eau.

Hé bin en fait, ça m’a ragaillardi, cette pluie. Je m’étais laissé égarer, avec mes clichés de vacances au soleil. J’avais oublié ces sensations-là, mes seuls vrais souvenirs de vacances dans le Cotentin, quand j’étais môme. On y gèle, on n’a plus un centimètre carré de sec, mais c’est vachement beau et, somme toute, on est plutôt bien.

Un p’tit village plein d’amis
Et puis les filles aux joues rouges
Qui donnent aux hommes de là-bas
Qui donnent aux hommes de l’amour
L’amour made in Normandie