Décembre 2002. Je vais avoir 31 ans.

Bon, ben voilà. On y est. On a encore déménagé[1]. Pourtant, la petite maison sympa était fin prête pour recevoir notre premier enfant : on remplaçait mon bureau par une chambre pour elle/lui, et ça collait. Mais la cigogne s’est gourée, l’an dernier. Y avait une grande promo sur les marmots, elle a livré deux colis pour le prix d’un, et du coup on est devenus franchement à l’étroit. Alors on a dit au revoir à Fatiha, Jean-Pierre, Claire, Louis et les autres, et on a emménagé dans cette grande baraque pleine de courants d’air.

Et là, cet hiver, ils nous manquent, les voisins. Plus personne pour débarquer à l’improviste à l’heure du dîner avec un plat fumant, “tiens, j’ai fait du couscous, vous n’avez pas encore mangé, au moins ?”. Ou “allez, goûtez-moi cette pizza, vous allez voir, elles sont géniales…” Plus de caissettes de champignons fraîchement ramassés devant la porte, plus de grappes du merveilleux raisin de Louis sur la table… Et surtout plus la possibilité de se regrouper, pour sentir un peu de chaleur les soirs de froid, 21 avril ou 31 décembre… Notre nouveau plus proche[2] voisin est un jeune retraité de la gendarmerie. Je n’ai rien contre les gendarmes, notez, mais celui-là est plutôt… comment dire… brut de décoffrage. Lui, le 21 avril, il ne s’est pas regroupé avec des amis pour se remonter le moral, il a plutôt débouché une bouteille de champ’…

Adieux voisins lumineux, adieux flambées dans la cheminée, adieu le chat aussi. A peine arrivé sur son nouveau territoire, il a été empoisonné par un courageux (mais hélas, anonyme) ami des bêtes. Il a fini ses jours sur la table du vétérinaire, en posant sa tête sur ma main… Quand je l’avais adopté, en 1995, nous vivions lui et moi dans un gourbi de 8 mètres carrés, aux murs rongés par l’humidité. Je lui avais promis un avenir à la campagne, avec un jardin et une cheminée. Au moins, j’ai tenu ma parole.

On l’aimait bien, ce con. Pour ne pas le remplacer trop vite, mais parce qu’on voulait quand même des poils sur le tapis, on est allé chercher un vieux chien qui pue à la SPA. Il est encore plus con, mais, question débordements de tendresse animale avec risques d’asphyxie, on est servis.

Le soir, pendant que tout le monde dort, j’achève la lecture de “HTML 4 pour les Nuls”. Et, du coup, je mets à profit mes nouvelles connaissances en créant un “site perso”. Ah oui, en cette époque reculée (4 ans, vous vous rendez compte ?), c’est encore la grande vague des “sites perso”. C’est à peine si un nouveau mot, “weblog”, vient de faire irruption dans la presse quotidienne. Mon site à moi, il est tout plein de frames et de couleurs sombres. Même que ça fait hurler mon copain Xave : “les frames, c’est caca, fais donc plutôt un joli thème en CSS, comme moi…”

Pour le contenu, pas compliqué : je copie à mort sur mon voisin. Comme lui, je mets des vieux trucs (d’où le nom de mon site, “Le Grenier de Nonal”), et surtout je fais des “éditos” plus ou moins réguliers (lui, il appelle ça des “ditals”). Mais il n’y a évidemment aucun moyen de commenter. D’ailleurs, qui le ferait ? Personne ne le visite, mon site, à part Xave, Bob Woodward et mon chien qui pue. M’en fous, j’y prends goût. Après un premier coup de sang et une première pause, je passerai à Spip, quelques mois plus tard. Cette fois, on peut laisser une trace de son passage : il suffit de cliquer sur “répondre à cet article”… Le premier commentaire arrive des mois plus tard. Et encore, je crois bien qu’il est signé Xave !

Décidément, les blogs et moi, ça fait deux.

Notes

[1] Comme en 1995, 1996, 1997, 1999, 2003, 2004 et 2006…

[2] au sens strictement géographique.