«Tu veux une canette ? demanda le vieux à David en sortant de son bureau.
— Non, je vais attendre l’été, dit David.
— D’accord, dit le vieux. Comme tu voudras.

Il rentra dans sa station pour attendre l’été.»

(Richard Brautigan, Mémoires sauvés du vent, trad. Marc Chénetier, éd. 10/18 de 1989)

(En vrai, j’aurais pu citer n’importe quel passage de ce bouquin, n’importe lequel. Il y a des paragraphes qui m’éblouissent, d’autres qui me font pâlir d’envie ou de jalousie, d’autres qui m’arrêtent net et qui me laissent songeur des heures durant, d’autres encore qui me cueillent en douceur comme celui-là… Sans compter, évidemment, ceux qui me font des picotements pulsatiles sur une ligne droite qui courrait direct de l’âme à l’échine. Quant à la toute dernière page de ces Mémoires sauvés du vent, elle m’a laissé dans un état que je serais bien en peine de décrire ; pour paraphraser un cliché ultra-connu (et surtout très con) sur Mozart, je dirais qu’après un bouquin de Brautigan, les heures silencieuses qui suivent sont encore du Brautigan… Alors quand je serai grand, je voudrais bien faire Richard Brautigan, moi, dans la vie…)