Dimanche de fête des mères dans une sous-préfecture éteinte. J’ai choisi ce bar exprès, parce qu’il est moche. Trop clair, mal foutu. Ça suintait l’ennui qui glisse sur le carrelage blanc. J’allais pouvoir écrire tranquille.

Et puis ils sont arrivés, avec leurs ventres qui débordent du pantalon et leurs grosses voix qui se superposent pour couvrir les vrombissements du Grand Prix. Ils boivent, s’interpellent, rugissent et se dandinent en enfonçant leurs mains dans leurs poches. Grâce à eux, je n’ai plus besoin de travailler : il suffit de saisir leurs éclats de voix au vol, puis de les épingler sur mon clavier comme des papillons velus.