Le matin, au réveil, il y a parfois de légers nuages de nuit qui s’attardent sur l’épiderme de la belle que voilà. Ça reste en suspension le long de son bras, ça frôle le pli de son coude, ça hésite entre sa nuque et ses épaules, ça s’effrange. Alors vite, je me dépêche de les attraper avec mon gros nez. Parce que, de toute ma vie, je n’ai jamais rien humé d’aussi délicieux que son corps qui éclot, encore tout enrubanné d’abandon et de chaleur.

Le matin, la peau de la belle exhale une sensualité animale aux arômes de pain grillé et de nature après la pluie. C’est doux et brutal à la fois, et puis charnel, et pulsatile comme un entêtement. Il y a un fumet fauve dans ce parfum qui flâne, autant qu’il y a le souffle tiède d’un four à biscuits. Il y a les vapeurs des profondeurs de la terre et des bouffées d’indicible et de mystérieux, concentrées dans un shoot aveuglant. Alors l’inhalation me transperce les cloisons nasales, allume un projecteur sous mon crâne et se répand en bouillonnant dans chacune de mes cellules.

C’est vrai que la belle irradie en permanence. Tout au long de la journée, ses rayons charrient la vivacité d’une intelligence en mouvement, l’obstination d’un cheminement intérieur, des soifs inextinguibles. Mais le matin, la première chose qui émane de son être, c’est cette odeur calme, voluptueuse et sûre d’elle. Si apaisante et si excitante à la fois.

Ça ne pèse rien, un parfum. Ce n’est qu’une poignée de molécules qui se diluent dans l’air et que le temps finit toujours par éparpiller, d’un geste négligent. Et moi, je suis le mendiant qui lui tend la main, au temps. Chaque fois, j’espère comme un dingue qu’il me fera l’obole d’une seconde, une seule, une toute petite. Une que je garderais pour moi, et dans laquelle je pourrais revenir toucher du doigt le bonheur d’être dans ces bras-là. Il en a soixante par minute, des secondes. Qu’est-ce que ça pourrait bien lui faire de m’en laisser une ? Mais le temps passe sans m’accorder un regard, dissipe le nuage, ordonne à la chaleur de s’échapper du lit et remet la lumière d’équerre. Il faut bien que le matin se déchire pour que la journée commence.