Temps jaune et bleu à Paris, aujourd’hui. Au bois de Vincennes, le soleil d’automne allume les feuillages et fait soupirer le sol humide. Des odeurs de résine, d’humus et de feuilles mortes flottent en strates, ainsi qu’un étrange parfum de céleri. Et des traces de feu de bois, aussi ; comme pour rappeler que des êtres humains vivent ici, leurs tentes cachées au creux des bosquets. Autour de la plus grande, les habitants ont installé des jardinières de fleurs.

Le lac brille façon inox, avec des scintillements qui dansent à la surface, comme des lucioles sous acide. Je n’ai pas envie de décoller et je m’en veux de n’avoir pris ni repas, ni livre : ce serait tellement bon de passer la journée là, dans les reflets dorés… La faim et les pensées qui s’égarent déterrent un souvenir enseveli : en Allemagne, devant le lycée, les frites étaient taillées en zig-zag pour croustiller plus. Furieuse envie d’une barquette, maintenant, sur l’herbe qui me tend les brins.

Je pédale en pensant à mon blog en friche, pour repousser la fringale. J’ai des billets en cours, mais je n’ose pas les publier : ils sont tous habités de souffles rauques, de corps qui s’étreignent et de peaux grillées par le désir. Et à part ça, rien… Comme si mon cerveau squatté par les turgescences n’avait plus de place pour le reste. Tiens, et si je tenais un weblog à l’ancienne, histoire de me dégourdir le clavier ? Allez, quoi… Un feuillet par jour, pas plus de dix minutes — pour n’épuiser ni l’envie, ni les idées. Ah oué, pas con. J’essaierai en rentrant. Mais pfff… Un feuillet max ? Faudra rédiger serré.