À chaque fois, putain… Ça me le fait à chaque fois. Quand je suis dans une période pas facile, je me rétracte sur les emmerdes et j’oublie la musique ; la mienne, celle qui m’accompagne depuis tout petit. Et puis, un jour, je me visse par mégarde un vieux rock dans les oreilles, et je me dis bon sang, c’est pas vrai, j’avais encore oublié. Pourtant, il suffit d’un rien pour me faire décoller : un filet de sueur dans la voix de Mick Jagger, un grain de nonchalance dans celle de Bowie ou de Jim Morrison, la rage d’un Joe Strummer, les scintillements d’un Marc Bolan, un silence d’Hendrix, n’importe quoi… Donnez-moi une ou deux guitares un peu râpeuses, une basse et une batterie qui quadrillent sincèrement le truc, et surtout quelqu’un qui chante en se calant les cordes vocales du côté de l’entrejambe, et c’est comme si vous veniez de ré-enclencher mon disjoncteur intime : les circuits se referment, l’énergie circule, je me dandine, je chantonne ; j’ai envie de danser, de vivre, de baiser, de bouffer des morceaux de nuit comme un possédé et de me coller serré auprès des gens que j’aime.

“I know, it’s only rock’n’roll, but I like it”, comme chantait le Mick. Il est vraiment plus que temps que j’arrête de l’oublier.