La lumière bleue, fraîche et pétillante de la rue du Faubourg-Saint-Antoine qu’on remonte à vélo au lever du jour, heureux et fourbu d’avoir dansé, aimé et ri aux éclats (et puis bu, aussi, un petit peu).

La lumière jaune et verte d’une fin de promenade sur l’Erdre, soyeuse et ample comme le mouvement des saules qui font leur révérence au bateau.

La lumière vertigineuse de l’Esterel, parfumée d’eucalyptus et de démesure.

La lumière qui s’engouffre au bois de Vincennes et sur le port de Dieppe. Celle qui s’aquarelle dans le ciel d’Antibes et se déguise en Magritte, le soir à Bruxelles.

La lumière sèche, poussiéreuse, sur les chemins qui crissent et la peau qui cuit.

La lumière qui brille dans les yeux, surtout. Dans les pupilles de mes enfants, ravis d’avoir dompté leur Vélib ; ou dans celles de la belle que voilà, estomaquée par un surgissement du rocher des Monges.

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Soirée de rentrée dans la lumière orangée de mon appartement. Dehors, de l’autre côté de la bulle électrique, un velours violet s’est tendu sur le fleuve ; sur les hauteurs, les maisons jouent aux ombres chinoises. L’air sent l’été qui s’estompe, mais je m’en fous : j’ai fait le panneau solaire une bonne partie de la saison. Ça me laisse largement assez de scintillements pour tenir jusqu’au printemps.