« Ah ! les tenants d’une norme, et quelle qu’elle soit : norme culturelle, norme familiale, norme d’entreprise, norme politique, norme religieuse, norme de clan, de club, de bande, de quartier, norme de la santé, norme du muscle ou norme de la cervelle… Comme ils se rétractent dès qu’ils flairent l’incompréhensible, les gardiens de la norme, comme ils se vivent en résistants alors, on les jurerait seuls face à un complot universel ! Cette peur d’être menacé par ce qui sort du moule… Ah, la férocité du puissant, quand il joue les victimes ! Du nanti, quand la pauvreté campe à sa porte ! Du couple estampillé devant la divorcée briseuse de ménage ! De l’enraciné flairant le diasporique ! Du croyant pointant le mécréant ! Du diplômé considérant l’insondable crétin ! De l’imbécile fier d’être né quelque part ! Et ça vaut pour le petit caïd de banlieue suspectant l’ennemi sur le trottoir d’en face… Comme ils deviennent dangereux, ceux qui ont compris les codes, face à ceux qui ne les possèdent pas !
Même les enfants doivent s’en méfier. »

(Daniel Pennac, Chagrin d’école, Folio, 2009, p. 200)

Après Journal d’un corps, en septembre, je finis de rattraper mon retard de lecture de Pennac, qui continue de m’enchanter avec son Chagrin d’école — sur un sujet où je pensais pourtant qu’il n’était pas près de me cueillir…

Aaah, l’écriture de ce gars, ronde et chaude comme l’odeur d’un corps qu’on aime… Et le plaisir de trouver une jolie faute d’orthographe, passée au travers de la collection de dictionnaires de l’auteur et de l’œil de lynx des correcteurs. Dans ce livre-là, tomber sur une pose au lieu de pause (p.165), c’est comme avoir la surprise de croquer une noisette du Piémont au milieu d’un excellent chocolat.