Je suis salle d’attente du dimanche soir. Je suis sale d’attente. Je suis la crasse sur le carrelage, le siège délavé graffité taché, la voix saturée annonçant une arrivée voie F. Je suis le vide dans l’œil du vigile et le grognement contenu dans la muselière de son chien. Je suis errance et croisements aveugles. Je suis un hall où se figent des regards sourds : les deux vieilles femmes qui se considèrent sans se voir, l’étudiante fixant un point imaginaire avant de rajuster son sac sur son épaule, le barbu grisonnant plongé dans Ouest-France. Je suis le clochard derrière la vitre, je suis sa main qui tremble pour une cigarette incertaine. Je suis gris poussière, café-lavasse et paninis dégueulasses. Je suis un guichet fermé, un journal piétiné, un papier gras qui s’attarde. Je suis une bulle de lumière froide dans la nuit. Je me remplis d’humains suspendus, égarés un moment dans leur arrêt-sur-image intime. Je suis la page qui se referme sur l’agonie du week-end, je suis l’amertume des au revoir et la pétillance des déjà souvenirs, je suis rage du dedans et résignation au dehors, je suis bruit de fond et mutisme mêlés, jambe traînante et pas faussement décidé. Je suis vide à craquer. Je suis le train-train. Le train numéro 8357 à destination de…