Il y a une quinzaine de jours, j’ai découvert un truc inouï : j’adore les bains de mer.

Ça a été une vraie révélation. Je m’étais laissé traîner par les petits, en renâclant salement : j’aime pas le sable, j’aime pas les plages, j’aime pas les gens… Et puis il y avait trop de vent, l’eau était trop froide, pffff… Bon, j’avais promis. Alors j’ai fini par m’éclabousser un peu, pour frissonner moins. Et puis je suis entré là-dedans, doucement, sur la pointe des pieds. Une vague m’est arrivée dessus sans crier gare, j’ai trouvé ça rigolo. Et tout à coup, c’est devenu bien, vraiment bien. L’eau tout autour, le silence parfait, juste le clapotis et moi. Et puis le goût du sel, le souvenir piquant que ça laisse sur la peau, les cheveux qui deviennent presque poisseux en séchant, tout ça… J’avais oublié ces sensations-là. C’est comme si j’avais croqué dans une madeleine vieille d’au moins vingt ans.

Le reste n’a pas changé : le sable me gratte toujours autant dans les interstices, et j’éprouve la même haine indicible envers les cons qui polluent généralement le littoral. Mais, vers chez moi, à 6 heures du soir, ça devient vivable. Quand la marée monte sur le sol chauffé à bloc, l’eau est presque bonne. Et les insupportables sont à l’apéro.

Ce soir, la plage était même carrément déserte : juste nous et un petit groupe, à des kilomètres à la ronde. Le pied. Une belle lumière de fin d’été, l’eau qui s’engouffre partout, la certitude d’être vivant. Et pas une mémère à chien-chien pour nous renifler le maillot, pas une famille survoltée pour m’envahir l’espace vital, pas même l’habituel abruti qui hurle sur ses mômes en tapant sur sa femme, ou le contraire, au choix. Vous savez pourquoi ? Parce que l’autre groupe, c’était des filles qui se roulaient des patins. Horreur ! Putréfaction ! Fuyons vite cet endroit infesté de femelles amorales et libidineuses, se sont dit les cons familiaux en prenant leurs jambes à leur cou.

Résultat, le calme et la mer comme je l’aime. Et Nonal une heure et demie dans l’eau salée, tranquille, avec les petits qui découvraient en riant l’expression “boire la tasse”.

Merci, mesdames.