Aimables internautes, trolls vénéneux et autres créatures de la toile, Robin des Bois volait l’argent des riches pour le donner aux pauvres. A mon avis, y a pas de quoi se vanter. C’est bien joli de grimper dans les arbres, de pavaner dans son pantalon moule-burnes et de bander son arc pour faire frissonner Belle Marianne, mais si c’est pour croupir toute l’année dans une cabane branlante avec une horde de loqueteux puants, merci bien.

S’il avait été moins stupide, l’archer sylvestre aurait compris qu’il avait tout faux : voler l’argent des pauvres pour le donner aux riches, voilà qui vous fait de belles carrières de notables bien nourris. D’ailleurs, nos gras banquiers et nos amis assureurs ne s’y sont pas trompés : un riche, c’est puissant, entouré, difficile à manipuler, et surtout ça chipote les placements à 3,40 % ; bref, c’est emmerdant. Tandis qu’un pauvre, c’est moins qu’une bête, on en fait ce qu’on veut. Et comme ces couillons-là sont considérablement plus nombreux que les autres, ça ouvre des perspectives de croissance énormes.

Afin de convaincre les pauvres qu’il leur est préférable de se serrer la ceinture en confiant leurs économies à ceux qui savent, plutôt que de les claquer au casino avec des créatures lubriques, les banquiers et les assureurs ont donc inventé le concept du livret d’épargne doublé d’une assurance sur la vie. Tu te prives parce que tu n’as pas assez d’argent à dépenser, sale pauvre ? Songe que ça pourrait être pire, et enlève-moi ce beurre de tes nouilles à l’eau.

Bien sûr, il faut enrober un peu le message. Pour cela, le gars du marketing des banquiers et des assureurs fait régulièrement appel à Jessica, la comédienne qui a une voix de femme-enfant. Laquelle en chie un peu, devant son micro, parce qu’elle a trente seconde pour lire son texte, et que sa voix doit contenir ce qu’il faut de sourire, de gaieté, d’inconscience juvénile et de solidité rassurante.

Depuis quelques jours, France-Inter diffuse régulièrement la pub que Jessica a enregistrée pour l’assureur qui veut vendre des « livrets vie ». A la fin, le gars du marketing a eu l’idée de ponctuer avec un slogan fort. Il s’est gratté la tête pendant trois minutes, et puis il a écrit « la solidarité est une force ». Mais, avec sa bouche grande ouverte et ses minauderies, Jessica s’est un peu oubliée dans les voyelles. C’est bien bête. Du coup, pour les auditeurs d’une grande partie de la Normandie, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, c’est à dire les gens qui regôrdent PPDÔ ô la télévision en rentrant du trôvail, une société d’assurances proclame vertueusement, et aux heures de grande écoute, que la solidarité est une farce.

Un vrai cri du coeur.

Comme disait ma boulangère, on est bien peu de choses.