Toc, toc, on frappe chez moi. Doucement, mais avec insistance. Puis on entend la porte qui s’ouvre, et ce con de chien qui continue à ronfler. “Y a quelqu’un ? Je suis venue vous apporter des fleurs !”.

Merde, qu’est-ce que c’est que ce bintz ?

Je descends en enfilant un t-shirt. C’est une toute petite vieille, très tordue et très frêle, avec un énorme bouquet de jonquilles. Elle se tient au milieu du salon, embarrassée par ces trucs jaunes qui débordent de ses mains. “C’est quoi, votre nom, déjà ?
- LeChieur.
- Ah bon. Je me suis trompée de maison. Tenez, prenez quand même ça. Les autres n’avaient qu’à être là”.

Je remercie vivement, trouve un vase, glisse les fleurs dans l’eau. Mais quand même, un truc me tarabuste : “excusez-moi, mais je ne comprends pas que le chien n’ait pas aboyé.
- Ah bon, ça vous étonne ? Mais c’est qu’on est de vieux amis, lui et moi !”. Et la quasi-centenaire envoie un clin d’oeil à l’autre abruti. L’intéressé dresse l’oreille sans conviction, puis retourne à ses ronflements. Quel parasite, ce clebs. L’autre est déjà repartie en trottinant vers sa maison, sur le trottoir d’en face.

Contrairement à ce que prétendent quelques observateurs mal renseignés, je précise qu’il est tout à fait possible de faire exulter les corps à Trouducul-sur-Mer. A condition, évidemment, de ne JAMAIS oublier de fermer sa porte à clé.