Ils nous usent, ils nous crèvent, ils nous tournent autour en chantant des chansons débiles, ils nous donnent du souci, ils nous obligent à bouffer des trucs bizarres et à nous lever tôt, mais il y a des jours où on est vachement fiers d’eux.

Il y a quelques semaines, mes nains fêtaient leurs cinq ans. Impossible d’éviter la débauche scandaleuse de cadeaux qui a suivi l’événement ; pas tellement de la part de M. et Mme LeChieur, vu qu’on en est un peu réduits à compter les pièces de dix centimes, mais les grands-parents, arrière-grands-parents et amis de la famille ont mis un point d’honneur à remettre la croissance de la Nation en marche en faisant péter leurs cartes bleues respectives. Notre petite maison a donc accueilli une moto électrique, un vélo rose, un cirque Pinder, une cuisine en plastique, des trucs en peluche, des machins éducatifs, des bouzins qui font “bip”, des abonnements à Pomme d’Api, et j’en oublie des kilos. Dans cette montagne de dépenses toutes plus inconsidérées les unes que les autres, mon fils n’a vraiment fait honneur qu’au déguisement de clown entièrement fait-main par ma grand-mère. Un peu smart, le mouflet. Cinq ans seulement, et déjà conscient que la société de consommation, c’est de la merde, chuis fier.

Et aujourd’hui, c’était au tour de ma fille de faire honneur à ses parents. On déjeunait chez des copains, à qui j’avais dit “stop, pas de dépenses inconsidérées pour l’anniv’, marre des paquets qui brillent. Si vous tenez vraiment à les gâter, offrez un petit bouquin, parce que les jouets, là, j’en peux plus, je vais les casser”. Donc, les amis ont fait comme on avait dit, et cette petite a reçu son “premier dictionnaire des dinosaures” de chez Larousse.

Je ne l’avais jamais vue comme ça. Mademoiselle a fait des bonds partout en expliquant à la cantonade combien elle était contente de se voir remettre un tel présent, “non, parce que tu comprends, il y a vraiment tout sur les dinosaures, là-dedans”. Et que je te commente l’intérêt pédagogique du bouquin (“ça m’intéresse vraiment, parce qu’à l’école, j’ai travaillé sur les dinosaures avant les vacances”), et que je te dresse un rapide bilan du travail encyclopédique de l’auteur (“j’en avais déjà un autre, de bouquin sur les dinosaures, mais il était vraiment trop court, tu vois, c’était plutôt un livre pour les bébés”), et que je tourne frénétiquement les pages pour en apprécier le contenu (“wouah !, ils expliquent même comment on retrouve les squelettes”), et que je plonge dans une contemplation muette des pages, et que je fais état de ma science tout neuve (“tu vois, là, c’est un tyrannosaure, le méchant qui mange l’espèce de petit veau”). Quand on est repartis, ce soir, elle a dû remercier les copains une bonne centaine de fois, puis elle s’est endormie dans la voiture en serrant fort son livre dans ses petits bras.

Heureusement, on n’est pas dans Toy Story. Dans le cas contraire, nous serions obligés de déplorer le suicide d’un vélo rose et d’une cuisine en plastique.