Elles sont six femmes entre la vingtaine et la quarantaine, bien qu’aucune d’elles ne fasse réellement son âge. Elles ont investi le compartiment en parlant, en riant, en s’interpellant, en se déplaçant d’une place à l’autre. Si bien que je n’ai pas pu faire autrement que de les observer, pendant ces deux heures de voyage.

C’est peu dire que j’ai été désarçonné : en deux heures, je n’ai absolument RIEN appris d’elles. Leurs vêtements, leur vocabulaire, leurs attitudes ne trahissaient pas la moindre inscription dans une quelconque convention sociale. À aucun moment elles n’ont laissé échapper un indice qui aurait pu indiquer, même vaguement, leur milieu professionnel, leur niveau de richesse ou de pauvreté, la plus petite de leurs croyances ou de leurs certitudes, ni le plus dérisoire de leurs engagements. En les écoutant parler, personne n’aurait su dire si elles était analphabètes, moyennement cultivées ou supérieurement érudites, ni si elles étaient demeurées, intelligentes ou carrément géniales, tant tout ce qu’elles disaient était étonnant, incompréhensible ou bizarre.

La seule chose dont on pouvait être sûr, c’est qu’elles étaient heureuses d’être ensemble et, surtout, qu’elles se sentaient intensément libres. Je n’avais jamais vu une liberté pareille. Ça requinque.