On en croise encore, de ces gens qui vous prennent de haut en pérorant tristement qu’internet, c’est la mort des relations sociales. “Les jeunes de maint’nant, ils passent tout leur temps sur leur écran, ah la la, comme c’est désolant ma pauvre dame, y a plus de chaleur humaine…” Le comble de l’absurdité, c’est quand les mêmes choisissent Facebook pour répandre leur fatalisme sur “le monde déshumanisé que nous laissons à nos pov’ zenfants”, à grands coups de dessins pleurnichards ou d’envolées lyriques avec trémolos dans le clavier.

Samedi prochain, il était question que je fasse un bref aller et retour à Toulouse, à 800 kilomètres de chez moi. Pour le déplacement, j’avais trouvé le covoiturage idéal sur un site spécialisé. Du coup, pour l’hébergement, j’ai lancé un appel sur Twitter :

Hébin vous savez quoi ? Non seulement il a été retweeté 49 fois en quelques heures, mon appel, mais j’ai reçu une chouette invitation dans la minute qui suivait le moment où je l’ai posté (puis une seconde, dix minutes après) ! (Bon, c’est con, je ne vais pas y aller, finalement, à Toulouse : ce que j’avais à y faire a été reporté. J’en suis tout triste, pas tant pour cette histoire de report que parce qu’elle me plaisait vraiment bien, la perspective de partager un bout de route avec des inconnus, puis une soirée avec des gens qui n’ont pas peur des gens.)

Alors le prochain nuisible que j’entends assener son gros cliché sur les réseaux sociaux qui tuent les relations sociales, je lui fais bouffer un ordinateur (un gros, tant qu’à faire). Et pendant la digestion, je l’obligerai à installer à ses frais une box à la dame que vous voyez ci-dessous, ma voisine :

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…Ma voisine seule et âgée qui passe son temps à faire “coucou” aux gens par la fenêtre, en espérant que quelqu’un finira par lui répondre. Elle n’a pas internet, elle. Elle n’a jamais entendu parler des réseaux sociaux. Et justement, c’est de ça qu’elle crève.