L’immeuble d’en face, pendant que je fume à l’air frais. Derrière sa fenêtre, un jeune homme s’affaire tranquillement. Je ne distingue pas ce qu’il fait mais il a une posture tendre : penché au-dessus du plan de travail de sa cuisine, la tête inclinée, il dégage une douceur perceptible. Palpable, presque.

Dans l’appartement d’à côté, la lumière est plus vive. Une fille ouvre la fenêtre. En t-shirt et culotte claire, elle se cambre vers l’extérieur et colle son ventre au froid. Elle pousse un gémissement, comme un soupir de soulagement.

Ma cigarette se termine et j’observe leurs silhouettes, bien nettes dans leurs cadres rétro-éclairés : la fille qui respire dans la nuit, le type qui prend son temps.

J’aime cette façade d’immeuble. Le soir, elle surgit, blanche et détourée, avec un ciel irréel à l’arrière-plan. On dirait un pop-up, ces livres dont les pliages prennent corps quand on tourne les pages.

Et puis le type éteint la lampe de sa cuisine et disparaît. La fille se retourne et il entre lentement dans la chambre, une tasse à la main. C’étaient les deux fenêtres d’un même appartement, finalement. Tout s’explique : son exultation à elle, la lenteur sereine avec laquelle il a préparé le café… Et je me dis que c’est joli, la vie.