Les amis, les proches, se voudraient de bon conseil. Ils ne pensent pas à mal. Ils essaient d’être justes, raisonnables, objectifs. Bienveillants. Ils disent : “il faut laisser passer du temps”. “Prends les bons côtés et ne pense pas aux mauvais”. “Sois patient”. “Mets-toi à sa place, il faut la comprendre”.

Non, ça suffit. J’ai fini de me mettre à sa place. Je préfère me mettre à la leur, eux à qui on dit “ton Papa a pété les plombs” en guise d’unique explication. “Papa nous a quittés”. Eux qui avouent à leur cousine : “j’y pense tout le temps, mais je ne veux pas qu’on en parle”.

Ils ont repris le chemin de l’école aujourd’hui, découvert leur nouveau maître ou leur nouvelle maîtresse. Retrouvé les copains, à qui ils auront peut-être enfin pu raconter le cours de leur vie.

Sans doute, ils ont pensé comme moi à toutes les rentrées précédentes ; celles où je les accompagnais en serrant fort leurs petites mains, et en racontant des grosses blagues nulles sur le chemin pour tenter d’évacuer l’angoisse. Sans doute, comme moi, ils ont ressenti la douloureuse absence d’une main dans la leur. Mais, contrairement à moi, ils ne savent pas pourquoi cette main n’est plus là.

“Mets-toi à sa place, il faut la comprendre”. Non. Je ne veux plus laisser passer le temps, je ne veux plus oublier les mauvais côtés pour ne garder que les bons, je ne veux plus être patient. Je veux tout, tout de suite : le beurre, l’argent du beurre et le sourire de mes enfants. Et je voudrais surtout que les conseilleurs bien intentionnés me lâchent un peu la grappe.