C’est une chambre d’hôtel déprimante, avec la traditionnelle moquette qui pue et l’exiguïté règlementaire. La fenêtre ouverte donne sur un mur à l’enduit âpre. Une stridence suinte du dehors, interminable plainte de je ne sais quel appareil électrique à l’agonie. Dans la salle de bains, la lumière vive fait verdir le carrelage bleu et blanc.

C’est une chambre d’hôtel comme j’en ai connu des centaines, à l’époque où je vivais en tournée. Sauf que cette fois, ça a beau être moche et triste, je m’y sens bien.

L’eau du bain est chaude comme je l’aime, assez pour dénouer mon dos crispé par les heures de route. Et les pages de Fante sont massives, rassurantes, comme un bois brut qu’on effleure pour sentir sa caresse. Je les mouille un peu en les tournant avec mes doigts ruisselants. Pas trop. J’essaie de faire attention.

Tout à l’heure, je sortirai de la baignoire, je me sécherai rapidement et j’irai me blottir contre celle que voilà. Tout à l’heure, je serai complètement en paix. Peut-être que j’essaierai de poser une main maladroite sur son ventre. Peut-être que j’écouterai son souffle. Peut-être que je humerai ses cheveux.

Tout à l’heure. Pour le moment, dans cette pièce trop lisse et saturée de buée, j’aime mieux prolonger l’attente.

Derrière la porte, quelqu’un respire. Et moi, suspendu à ses lèvres, je savoure l’apesanteur.