Mon cher vieux blog,

Comment vas-tu ? C’est pas la forme, hein… C’est vrai que ça fait des années que je te néglige. Je ne t’ai même pas envoyé une petite carte pour le Nouvel An, c’est dire si je suis en dessous de tout… Je n’ai pas non plus pris la peine de te tenir au courant des changements dans ma vie. Pourtant, tu te souviens quand on se disait tout, toi et moi ? Je te racontais mes journées, et toi, tu étais le gardien de ma mémoire. Tu savais la magie de figer le temps : chaque instant, chaque jour dont je t’ai confié la garde, tu en as si bien pris soin qu’ils restent intacts dans mes souvenirs, en 3D, ciselés au frisson près. Même au bout de 14 ans. Et puis tu m’as fait rencontrer du beau monde, aussi, pendant cette décennie et demi. Il t’est même arrivé de jouer les entremetteurs, espèce de coquin…

Allez, je te raconte en quelques mots : il y a un an et demi, je suis revenu dans ma ville d’origine. J’étais salement dans la dèche, trop vieux pour continuer à jouer les free-lances dans une presse moribonde, pas assez diplômé pour que mon CV brille dans la nasse des recruteurs. J’ai trouvé un contrat singulier, un truc qui n’existe que dans cette région : depuis deux rentrées de septembre, je lutte contre le “décrochage scolaire” dans un gros lycée professionnel. C’est précaire et mal payé, mais j’ai immédiatement adoré ça (je t’en reparlerai).

Tu sais, j’ai failli t’écrire plusieurs fois, ces dernières semaines. Lorsque je suis retourné à Paris, par exemple : j’étais invité à dîner par celle que j’appelais “la belle que voilà”, quand je te parlais d’elle (aujourd’hui, je dirais plutôt “la belle amie que voilà”, et c’est vachement bien aussi). J’en ai profité pour poser mon sac deux jours à la capitale. Au cours de plusieurs balades à pied, j’ai retrouvé les jalons de mon existence d’alors : le boulevard de Charonne, la rue de la Roquette, la Bastille, la place Saint-Paul, tout ça… J’ai même presque pris du plaisir à traverser la place de la Nation à pied, c’est te dire. Sauf que ça m’a semblé désincarné, Paris. J’ai eu la nette sensation d’être dans un endroit certes familier, mais avec lequel je ne me sentais plus la moindre connexion affective. Ce n’était ni “mon” quartier ni “mon ancien quartier”, c’était juste “un” quartier que je connais bien. Il n’y avait ni nostalgie, ni désagrément, ni plaisir. Je marchais dans les rues, j’étais là, c’était tout. Sensation étrange.

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Enfin bref, tu vois comme l’eau a coulé sous les ponts, depuis l’époque où j’essayais encore de te maintenir en activité ?

On aurait pu en rester là, mais ça fait un bail que tu me manques, mon vieux blog. Et que j’ai envie qu’on renoue un peu, toi et moi. Promis, je vais faire de mieux pour qu’on se retrouve, au moins de temps en temps. Alors à bientôt, vieille branche…