Celui-là, je ne sais pas où le mettre, alors je le pose là pour pas le perdre. Un brouillon avait brièvement été publié ici en 2014, mais je ne sais pas où je l’ai foutu. Je me le ferais bien tatouer sur les bras, tiens. Le problème c’est que j’ai pas les bras assez gros.

Je veux l’écho de mes pas dans la pénombre
je veux des jours jaunes et bleus et des aubes aux yeux plissés
je veux le soleil chancelant sur ma nuque
la fatigue la faim la poussière sur ma peau
je veux les draps qu’on froisse et les nappes qu’on déploie
je veux les bouffées de silence d’un été étoilé
et aussitôt après
un lundi grillagé par la pluie
la condensation sur la vitre du bar
les graffitis sur les carreaux de faïence
une porte claquée sur un effleurement
je veux mes potes à portée de mots doux
leurs rires qui font rouler des cailloux
leurs mains qui tanguent
je veux l’odeur de biscuit du cou de mes enfants
leurs souffles ensommeillés dans la lumière du matin
je veux des kilomètres d’errance et de regards inconnus
m’assoupir dans les trains
tendre un cendrier au brouillard des fleuves
je veux des estuaires indolents
le clignotement du phare
je veux rôder avec des mal-pensant des mal-aimés
des gueulards des mal-peignés
je veux revoir la mer se goinfrer de rochers rouges
je veux les soirs de Bruxelles
la connivence des réverbères
l’auréole de café sur le bois
un regard embué de bière
je veux l’excès l’envie les départs les projets
les larsens la rage la sueur le désir qui suinte
une main dans la mienne
je veux des nuits croustillantes et des réveils moelleux
des pieds nus sur la moquette et des reflets d’encens
des parfums beurrés qui s’attardent dans les coins
je veux effilocher les dimanches entre les bras d’une femme brune
m’émerveiller de la course d’un enfant
trouver que la vie fait des cadeaux
fermer les yeux
et caresser le dos du ciel