Quand j’aurai retrouvé des horaires et une durée de sommeil satisfaisants (et donc une santé mentale ressemblant à la normale), je publierai un billet à propos de tout ce que j’ai appris ces dernières semaines sur, justement, la nécessité d’avoir des horaires et une durée de sommeil satisfaisants. Tu verras, c’est encore plus édifiant que tout ce que tu peux imaginer.

Si je connaissais l’auteur-e de la photo ci-dessus, je le-la citerais… En l’occurrence, je l’ai prise ici, mais on en trouve des dizaines d’occurrences non-créditées sur le web.

D’ici là, me voilà donc en chemin vers une existence qui tendrait à me tenir le plus loin possible du burnout. Or, parmi les moyens à ma portée pour retrouver ce temps qui me fait défaut (le temps libre et le temps créatif), je me suis d’abord dit qu’il était urgent d’en finir avec les sollicitations chronophages qui m’exaspèrent : les messageries instantanées [1], les réseaux sociaux, les applis stupides, les “outils” qui me fliquent et ceux qui m’exposent à la pub.

Et puis, chemin faisant, c’est tout cet internet qui a tué mes rêves de 1998, que j’ai décidé de foutre à la poubelle. Cet internet voyeur qui fait la course aux clics, donne une chambre de résonance formidable à la haine et aux fake news, et nous transforme tour à tour en cobayes ou en produits. Je sais, je suis un vieux con idéaliste et rétrograde, mais je rêve encore du web qui m’a fait grandir : celui qui m’a permis de rencontrer des gens tous différents, de nourrir ma curiosité, de me frotter à des idées et des concepts auxquels je n’avais jamais songé, bref, celui qui m’a offert de faire un grand pas de côté depuis les années 2000, et de devenir qui je suis. Pas celui qui nous lobotomise en stimulant notre production de dopamine, comme si nous étions un immense troupeau de moutons accros aux benzodiazépines, ou les personnages d’un épisode de Black Mirror.

C’est ainsi que j’ai entrepris de me sortir des griffes des GAFAM. Hébin à ma grande surprise, ça se passe très, très bien.

Acte I : adieu, Gmail !

J’ai commencé par l’opération qui me semblait de loin la plus difficile : j’utilise Gmail depuis février 2005. Cela fait donc exactement 13 ans que j’y dépose mes travaux, mes articles, mes réflexions, mes photos… Mais aussi mes déclarations d’amour, mes engueulades, mes envies, mes projets, mes coups de gueule, mes abandons.

Il y a 13 ans, c’était vraiment bien, Gmail. Ça ne m’envahissait pas de pubs, ça ne lisait pas mes mails, ça ne remplissait pas mon agenda à ma place, ça ne jouait pas à Big Brother en me proposant d’acheter un truc inutile qui me fliquerait jusque dans ma chambre, ça ne cherchait pas à connaître mon rythme cardiaque, ça ne géolocalisait pas le moindre de mes déplacements et ça n’allait pas fouiner dans les contacts de mon téléphone portable pour savoir avec qui je couche et pour qui je vote. Aujourd’hui, force est de constater que ce service n’est plus exactement la petite interface mail innovante et sympatoche de ses débuts.

Protonmail, une interface simple mais efficace.

Après plusieurs tâtonnements et grâce aux conseils d’@m4d_z, j’ai donc opté pour Protonmail. Un service créé par des gens issus du CERN, sans pub, chiffré de bout en bout, avec une interface intuitive et agréable et une version Android parfaite pour mon téléphone. Certes, la version gratuite est un peu légère, comparée à Gmail. Mais en choisissant la version à 5 € par mois, j’ai exactement toutes les fonctionnalités que je voulais. Ensuite, j’ai demandé à Gmail de transférer tous mes mails reçus vers cette nouvelle boîte. Petit à petit, mes interlocuteurs vont donc enregistrer ma nouvelle adresse au fur et à mesure de mes réponses. Puis, dans un mois ou deux, Gmail ne fera plus le transfert, mais enverra une réponse automatique avec ma nouvelle adresse. Et enfin, lorsque je jugerai que le passage de relais est réussi, je supprimerai définitivement mon compte.

Acte II : bye bye, Google Agenda !

Pour des raisons à la fois personnelles et professionnelles, j’étais un utilisateur compulsif (et donc, totalement dépendant) de Google Agenda. Et je dois dire que j’ai un peu plus galéré que je ne pensais. Entre Kin qui arrête son développement et fruux dont l’appli Android ne fonctionne pas[2], j’ai commencé par essuyer quelques déconvenues…

Heureusement, j’ai eu l’idée de revenir à Framagenda, dont mes premiers essais, il y a quelques mois, n’avaient pas été concluants. Cette fois, ça marche, et ça marche même très bien. Sur mon téléphone, j’ai d’abord dû faire l’installation[3] de DAVdroid, puis j’ai synchronisé tout ça avec un agenda gratuit, en l’occurrence Simple Calendar, qui porte merveilleusement son nom. Et hop ! Je n’avais plus qu’à désactiver Google Maps et supprimer mon compte Google de mon smartphone.

Ça fait donc quelques jours que Google ne lit plus les mails que j’envoie, ni une part de plus en plus croissante de ceux que je reçois. Que mon agenda ne se remplit plus sans mon consentement avec les anniversaires des gens qui sont dans mes contacts, les séjours que j’ai envie de faire, ou les trajets que je prévois. Que plus rien, ni personne, ne flique mes déplacements. Mieux : ce n’est plus Google qui décide qui est dans le carnet d’adresses de mon téléphone, mais moi, et moi seul. Ben tu sais quoi ? Je respire !

La prochaine fois, je te parlerai d’Ubuntu, de la façon dont j’ai réglé mon addiction aux appli d’info bien pourries, et de mon (troisième) départ de Facebook qui aura lieu dans trois jours.

Notes

[1] non mais sérieusement, les gens ! Entre WhatsApp, Snapchat, Messenger, Hangouts, Instagram, vos mails, vos SMS et vos notifications Twitter, vous faites comment, vous, pour ne pas devenir complètement cinglés ?

[2] en tout cas, pas sur mon vieux S4 mini.

[3] payante, mais bon… 3,99 € pour dire merde à Google, c’est cadeau, je trouve.