août 2005

vendredi 5 août 2005

Ecce homo

C’est un petit bout d’Irlande en Normandie. Une langue de terre sauvage et verdoyante, qui descend en pente douce vers une côte déchiquetée. On arrive dans le plus petit port du monde, paraît-il. On n’est pas tout seuls : il y a là de nombreux autres promeneurs, et des grappes de mouettes qui se disputent un poisson en piaillant. Et puis il y a l’Homme. L’Homme est encore jeune. Son visage n’est pas buriné par les embruns, creusé par le sel, ni marqué par une longue vie de labeur au bord de l’eau. Non, non. Mais il est tout de même conscient de sa force, de cette magnifique humanité qui émane de lui, et qui en fait un specimen si caractéristique de l’espèce. L’Homme se fiche bien des...

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Le nonalito : enjoy !

— Papa, c’est bon. C’est quoi ? — Le résultat de la précarité économique dans laquelle ton papa se débat, et qui fait que le frigo est désespérément vide, mon chéri. Non, je déconne. J’ai pas répondu ça. J’ai juste dit “on va l’appeler le nonalito”. Et mon fils a répété : “c’est bon, le nonalito”. Recette du Nonalito (ou : comment on improvise un repas avec trois restes) Ingrédients (pour 4). Farine, 1 sachet de levure boulangère, 300 grammes de viande de boeuf (ou 3 steaks hachés), 2 tomates, quelques feuilles de salade, 2 petits oignons, 2 yaourts, huile d’olive, carvi[1], sel, tabasco. Préparation de la galette. Mélanger farine, sel, levure boulangère dans le mixer avec un yaourt, une...

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dimanche 7 août 2005

Le peintre et la petite fille

S’il y a un domaine artistique où ma profonde inculture n’a d’égale que ma flemme d’apprendre, c’est bien la peinture. Je n’y connais rien, je n’ai pas deux centimes de vernis en histoire de l’art, je confonds les courants, les écoles, les styles, et j’ai une pitoyable tendance à m’emmerder ferme dans les musées. Bouclez-moi dans une salle avec des tableaux, et mes pathétiques capacités de concentration se limitent à une heure, une heure trente maxi. Sans doute une réminiscence de l’époque où le programme des vacances avec mes parents, c’était musée le matin, musée le midi, et musée le soir. J’avais 4 ans et l’impression tenace que j’allais mourir d’ennui. Mais je me tenais à carreau, parce...

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dimanche 14 août 2005

Radio du cerveau

Morne samedi après-midi. Je roule vers ma maison en maugréant : je viens de perdre une demi-journée à essayer d’interviewer des commerçants odieux, et je prévois déjà que le secrétaire de rédac va me censurer. J’en ai marre de cette rubrique pour laquelle on me paye mal, et où je dois me farcir les stations balnéaires de la région jusqu’à la nausée. “Wouah, mais c’est super ! Tu travailles à la plage”, comme dit ma belle-mère. Ben tiens. L’autoradio glisse sa soupe sonore dans l’habitacle. Dans la zone agricole que je traverse, la seule fréquence en état de marche, c’est “France Bleu”. Une station qui n’a dû être inventée que pour financer la retraite des vieux chanteurs oubliés. J’espère...

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samedi 27 août 2005

Le veau d'or

Cette nuit-là, le vélage se passait mal. Le paysan était arrivé dans l’étable encore plein de sommeil, il avait attaché la corde aux pattes du veau, et il tirait, tirait, tirait… Mais il sentait bien que c’était mal en point. Non seulement il risquait de perdre le nouveau-né, mais surtout la vache n’allait pas tenir le coup. Ironie du sort, c’était la plus belle laitière de toute la ferme. Alors, hurlant son désespoir à la lune, le paysan a fait une promesse aux dieux, aux saints, et à tout ce fourbi qui est censé veiller sur nous autres, de leurs hauteurs stratosphériques : “Eh ! Vous ! Je sais bien que je vais pas trop à l’église le dimanche, mais il va falloir m’aider quand même ! Si vous...

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mardi 30 août 2005

Merci, mesdames

Il y a une quinzaine de jours, j’ai découvert un truc inouï : j’adore les bains de mer. Ça a été une vraie révélation. Je m’étais laissé traîner par les petits, en renâclant salement : j’aime pas le sable, j’aime pas les plages, j’aime pas les gens… Et puis il y avait trop de vent, l’eau était trop froide, pffff… Bon, j’avais promis. Alors j’ai fini par m’éclabousser un peu, pour frissonner moins. Et puis je suis entré là-dedans, doucement, sur la pointe des pieds. Une vague m’est arrivée dessus sans crier gare, j’ai trouvé ça rigolo. Et tout à coup, c’est devenu bien, vraiment bien. L’eau tout autour, le silence parfait, juste le clapotis et moi. Et puis le goût du sel, le souvenir piquant...

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