décembre 2005

samedi 17 décembre 2005

Isabelle

16 décembre 2005, vers 9 heures. Ce matin, dans l’impasse. Il marche dans un sens, elle dans l’autre. Il semble avoir cinquante ans à peine, mais il est déjà voûté par l’usure. Elle, elle affiche une trentaine sûre d’elle, dans son manteau confortable. Elle ferme sa voiture d’un coup de télécommande négligent, sans s’arrêter de marcher. Embrasse la rue du regard. Gestes amples, profonde inspiration. Elle est visiblement heureuse de retrouver l’endroit, après tant d’années. Il avance, les yeux plantés sur ses chaussures. La vie le fatigue. Sa femme, qui rit toujours trop fort. Ses enfants qui grandissent trop vite. Cette impasse du bout de la ville, où il y a toujours un peu de mauvaise herbe...

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lundi 19 décembre 2005

Monsieur Lebleu

17 décembre 2005, midi. La maison devait être splendide, sous le Premier Empire. Grande entrée, porte altière, fenêtres gigantesques, corridor interminable : on imagine les laquais en livrée dans toutes les pièces. Il faut faire un effort, quand même, pour se représenter la demeure en 1810. Aujourd’hui, la porte majestueuse est lardée de coups, de trous, d’écailles. Les murs se lézardent salement, un pignon s’affaisse. A l’intérieur, deux sacs de pommes de terre gisent sur le carrelage noir et blanc. Des piles de magazines sales encombrent l’escalier. Les murs sont pleins de taches. Le papier peint n’a pas été changé depuis au moins cinquante ans. La grande table en chêne est recouverte d’un...

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jeudi 22 décembre 2005

La nuit de la grotte

C’était il y a longtemps. Trois cent millions d’années, trente millions d’années, trois millions d’années, je ne sais plus trop, ma montre s’est arrêtée. La petite équipe avait trouvé refuge dans une bonne grotte comme on en trouve dans les livres de paléontologie, et le chef avait ordonné qu’on y resterait quelque temps. L’oncle Hampf, a demandé si quelqu’un avait du feu, parce que c’était un temps à se geler les fesses. On a tous rigolé : la quête du feu, c’était la grande passion du cousin Krôm. Dès qu’un orage pointait le bout de son nez, cet imbécile passait son temps à courir cul-nu derrière derrière la foudre, en espérant y embraser un tison et nous ramener une belle flambée pour le...

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mardi 27 décembre 2005

L'adverbe mortel

Ce matin, j’ai été réveillé par la gardienne qui glissait sous ma porte le courrier de samedi. Je suis allé le récupérer encore un peu endormi. L’une des trois enveloppes n’avait pas réussi à passer sous la porte. J’ai tout de suite reconnu le format d’un CD. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un nouveau cadeau de Jules qui, adorablement, m’envoie de temps à autre un enregistrement original. Je me trompais. Mais là n’est pas la question. C’est dans mon bain, en repensant à toute l’affaire, que j’ai réalisé que j’avais, in petto, utilisé l’adverbe néologisant “adorablement”. “Adorablement”… Comment avais-je pu laisser ainsi divaguer mon esprit pour, imbécilement, me laisser aller à une...

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jeudi 29 décembre 2005

La nuit du grand froid

Il m’arrive souvent des choses bizarres. En ce moment ce sont des petits coups de malchance. Le magnétoscope qui change les canaux, mon disque dur qui se met en grève… Plus troublant, il y a quelques années, j’ai vu un OVNI ! C’était une nuit sans Lune, une nuit de novembre où seuls les morts-vivants et les supporters de foot osent braver le verglas qui glisse et le froid qui rétrécit les organes. Moi, je pistais John. Depuis quelques jours, son comportement m’intriguait. D’abord, il avait chaussé des lunettes cerclées d’or. Puis il avait coupé ses cheveux, et acheté un costume en tergal gris. Enfin, il gardait continuellement son cartable serré contre sa poitrine. Et puis, surtout, il avait...

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