avril 2010

samedi 3 avril 2010

Peu à peu tout me happe

J’avais dix-neuf ans et je passais tout mon temps dans ce magasin de bandes-dessinées du centre-ville. Parce qu’il était en sous-sol et que la pénombre y était apaisante. Parce que les cloisons étaient recouvertes de bois et que j’aimais cette chaleur brute. Parce que ça sentait bon les livres, l’essence de térébenthine et la poussière. Parce qu’il y régnait un calme enveloppant. Parce qu’il y avait des affiches d’Enki Bilal aux murs et toujours le même album d’Alain Bashung en fond sonore. Comme tout le monde, j’avais déjà entendu Bashung à la radio. Quand j’étais petit, Gaby avait été un tube dont mon frère plus âgé s’était empressé de me donner une explication de texte à la crudité...

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lundi 5 avril 2010

Dimanche midi

Dimanche de Pâques, et un repas de famille somme toute très classique chez ma môman : d’abord, on a dévoré les entrées et bien attaqué le plat de viande avant de s’apercevoir qu’on avait littéralement oublié ma grand-mère (laquelle était partie piquer un roupillon chez elle). Puis on s’est esclaffé grassement en découvrant les traits d’humour très bêtes et très coprophiles de mon neveu de 15 ans (qui ne sait pas que son oncle se fait appeler LeChieur, dommage, ça l’amuserait…) Après quoi on a fait circuler des photos d’éléphantiasis en même temps que le plateau de fromages. Et enfin, nous avons eu, à l’initiative de ma belle-soeur et au moment du dessert, une discussion passionnante et...

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lundi 12 avril 2010

Envies

Je veux voir la Grand-Place s’éveiller déserte, et m’asseoir en terrasse pendant que les serveurs nettoieront le sol à grande eau. Je veux m’imaginer un instant en dépositaire d’une lumière oblique, alors qu’elle vient chaque matin chauler la pierre et retendre les pavés. Je veux avaler sans hâte mon café fumant, et sentir tout Bruxelles qui s’étire en grondant. Je veux marcher au hasard en attrapant la ville à pleins poumons : parfums caramel des gaufres qui cuisent, fragrances de pain d’épices, vapeurs de céleri échappées du bouillonnement des caricoles. Il y aura des relents d’urine, aussi, il faut bien que les effluves de la vie accompagnent la vie. Je veux retrouver cette maison trop...

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jeudi 15 avril 2010

La fillette dans une robe à dentelles

On s’est connus quand on avait huit ans, elle fillette de la ville dans des robes à dentelles et volants, moi petit plouc mal dégrossi avec des cheveux de paille et des pantalons trop courts. On s’est mutuellement subis pendant une poignée de goûters et d’anniversaires déguisés, jusqu’au jour où j’ai fourré un pétard “bison” dans une bouse de vache et que sa robe rose en a été toute tachetée. Après ça, forcément, on ne s’est plus tellement parlé. On s’est retrouvés des années plus tard, au lycée. Erreur d’aiguillage : on est sortis ensemble pendant quelques semaines, mais on a compris très vite que l’amitié nous allait mieux au teint que l’amour. Elle faisait du théâtre et j’ai adoré la voir...

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