mai 2010

dimanche 2 mai 2010

Assis sur un banc devant l'océan

Peu de risques que j’oublie le jour où j’ai fait connaissance avec cette chanson (précisément dans cette version), assis sur le sable devant un semblant d’océan (devant une mer, en réalité). Faut dire que c’était un jour de crevettes grises et de pain brié, de vent qui fait s’envoler les sacs et de spéculoos avec le café. Alors des journées comme ça, forcément, ça reste gravé. Quant à Nougaro, j’ai failli le croiser (à peine), peu avant sa mort. C’était une soirée de gala à l’Olympia, les musiciens avec qui je travaillais y participaient aussi. J’ai passé mon tour, je n’y suis pas allé. Bêtement. Parce que je n’avais pas osé dire à mon collègue de l’époque que j’aurais bien fait ma...

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jeudi 20 mai 2010

Havre-Caumartin

Mes pensées m’avalent ; je ne sais pas lequel de nous deux s’est assis en face de l’autre. Elle, sans doute, mais je n’en suis pas sûr. En tout cas, quand je lève les yeux, elle est là et elle me fixe. Elle est jeune, encore. Elle n’a pas trente ans, sans doute beaucoup moins. Ses cheveux contraints par trop de soins forment un casque à la couleur indéfinissable. Ses lèvres collagènes lui font une moue permanente. Son nez est si fin qu’on le croirait artificiel — et puis on finit par comprendre que c’est exactement ce qu’il est, au croisement de son fantasme à elle et du talent d’un chirurgien. Son tailleur terne crie son prix à tue-tête, si fort qu’il semble l’encombrer : elle se tient...

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vendredi 28 mai 2010

Quand je serai grand

«Tu veux une canette ? demanda le vieux à David en sortant de son bureau. — Non, je vais attendre l’été, dit David. — D’accord, dit le vieux. Comme tu voudras. Il rentra dans sa station pour attendre l’été.» (Richard Brautigan, Mémoires sauvés du vent, trad. Marc Chénetier, éd. 10/18 de 1989) (En vrai, j’aurais pu citer n’importe quel passage de ce bouquin, n’importe lequel. Il y a des paragraphes qui m’éblouissent, d’autres qui me font pâlir d’envie ou de jalousie, d’autres qui m’arrêtent net et qui me laissent songeur des heures durant, d’autres encore qui me cueillent en douceur comme celui-là… Sans compter, évidemment, ceux qui me font des picotements pulsatiles sur une ligne droite qui...

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dimanche 30 mai 2010

Trop fastoche

Dimanche de fête des mères dans une sous-préfecture éteinte. J’ai choisi ce bar exprès, parce qu’il est moche. Trop clair, mal foutu. Ça suintait l’ennui qui glisse sur le carrelage blanc. J’allais pouvoir écrire tranquille. Et puis ils sont arrivés, avec leurs ventres qui débordent du pantalon et leurs grosses voix qui se superposent pour couvrir les vrombissements du Grand Prix. Ils boivent, s’interpellent, rugissent et se dandinent en enfonçant leurs mains dans leurs poches. Grâce à eux, je n’ai plus besoin de travailler : il suffit de saisir leurs éclats de voix au vol, puis de les épingler sur mon clavier comme des papillons velus....

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