août 2010

dimanche 1 août 2010

L'arbre

C’était l’époque de Pif-Gadget et des yaourts La Roche aux Fées. J’étais un môme de la campagne, un de ceux qui ont les cheveux plantés en paille tout autour de la tête, font du bicloune dans les bois, bouffent des grosses tartines de pain brié en regardant la Parade des dessins animés et salivent devant le bocal de bonbons, sur le comptoir de l’épicerie. Je ne sais pas si j’étais heureux ou juste pas malheureux. Je ne me posais pas la question. J’étais souvent seul, alors je me racontais des tas d’histoires ; je suppose qu’on me qualifiait de rêveur. J’aimais déjà les ambiances épaisses et les détails qui font jubiler : une odeur de poussière dans mon pupitre en bois, un rayon de soleil sur...

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vendredi 6 août 2010

Apte

C’était chaque fois la même soirée. On rentrait de la piscine ou du travail, on s’affalait tous les quatre dans le gros canapé mou de cette petite maison de la rue de Bretagne, on ouvrait une bouteille de vin et on parlait à bâtons rompus. On n’avait pas encore d’enfants à l’époque, alors Stéphane et moi, on remplissait le cendrier de mégots sans se poser de questions. On était jeunes encore, on guettait nos trente ans à venir avec un mélange de crainte et d’excitation. On lisait les BD de Jean-Philippe Peyraud, on allait voir les films de Cédric Klapisch, on chantait Bella Ciao à l’unisson avec le disque Motivés. On parlait de politique et de littérature, de travail et du sens de...

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lundi 9 août 2010

Chambre d'hôtel

C’est une chambre d’hôtel déprimante, avec la traditionnelle moquette qui pue et l’exiguïté règlementaire. La fenêtre ouverte donne sur un mur à l’enduit âpre. Une stridence suinte du dehors, interminable plainte de je ne sais quel appareil électrique à l’agonie. Dans la salle de bains, la lumière vive fait verdir le carrelage bleu et blanc. C’est une chambre d’hôtel comme j’en ai connu des centaines, à l’époque où je vivais en tournée. Sauf que cette fois, ça a beau être moche et triste, je m’y sens bien. L’eau du bain est chaude comme je l’aime, assez pour dénouer mon dos crispé par les heures de route. Et les pages de Fante sont massives, rassurantes, comme un bois brut qu’on effleure...

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mardi 24 août 2010

À l'Hôtel du Port

À travers les fenêtres de l’Hôtel du Port de Léchiagat, j’aperçois le visage d’un enfant triste, qui regarde les bateaux, l’air pensif. Je vois aussi un pêcheur rajuster son maillot de corps devant les vitres et je devine l’ombre émouvante d’un couple enlacé. Au premier étage, à droite, un danseur sud-américain lisse ses cheveux noirs en vérifiant son reflet dans la glace. Dans la chambre d’à côté, un voyageur de commerce caresse la liasse de ses bons de commande de la journée. Il sourit en songeant à la gueule que tirera son patron à son retour. Un peu plus loin, il y a une très vieille dame qui se souvient d’un bal lointain, et puis un adolescent qui fume en cachette, avec l’espoir que...

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