décembre 2010

samedi 11 décembre 2010

Le septième jour (réédition)

Il y a quelques années, j’avais un blog annexe où je collais les billets dont j’avais un peu honte. J’ai retrouvé celui-ci grâce à web.archive.org et j’ai toujours un peu honte, surtout de sa chute massivement téléphonée… Ce truc constituait une de mes participations au “coïtus impromptus”, un site qui a semble-t-il disparu depuis et dont le nom de domaine a été repris par d’autres. Le thème imposé de la semaine était Le septième jour. Ça date de juin 2006. C’était le 19 juin, il faisait beau. J’ai enlevé mon t-shirt et j’ai fermé les yeux un long moment. Sans bouger, juste pour sentir ces sensations nouvelles sur ma peau. Cette chaleur. Cette douceur. Ce picotement sur ma nuque et dans mon...

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jeudi 30 décembre 2010

Kevin et Romain

(Portraits #1, réédition) Au printemps et à l’été 2010, à la demande d’une petite association et d’un photographe muni d’un très gros égo, j’ai arpenté les rues d’une petite ville de Basse-Normandie pour écrire des portraits d’habitants. Ceux-ci devaient être publiés conjointement avec les portraits photographiques que le monsieur au gros égo avait déjà faits. On se retrouvait régulièrement à la médiathèque locale pour des lectures publiques, c’était un chouette job. Le seul souci, c’est que le monsieur au gros égo a détesté mon boulot et qu’il a fait semblant de ne pas comprendre comment je bossais pour me faire éjecter du projet. Après, il a épuisé un écrivain qui est aussi une de mes...

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Maurice

(Portraits #2, réédition) J’étais dans un café du village, occupé à écrire le portrait de Kevin et Romain, quand Maurice m’a interpellé : il trouvait que je tapais drôlement vite sur mon clavier. Je lui ai répondu que c’était comme tout, qu’à force d’habitude on n’y faisait même plus attention. Par exemple, moi, je trouvais qu’embrayer en passant une vitesse tout en tenant son volant et en faisant gaffe à son rétro, ça monopolisait au moins autant de neurones. « C’est marrant que vous disiez ça : je suis routier ! » Alors hop, je lui ai demandé de se raconter. « Quarante ans de route ! Trois millions de kilomètres ! Combien de femmes ? Houla… Je n’ai jamais compté. Vous pouvez écrire qu’il y...

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La petite fille dans la robe rose

(Portraits #3, réédition) La petite fille porte une robe rose toute légère, à la terrasse du Café du Théâtre. Elle se tient bien droite face à son papa, croise et décroise les jambes lentement, comme une grande. Parfois, elle regarde autour d’elle, à la cantonade, et plante des yeux déterminés dans les pupilles de ceux qui l’observent. La petite fille à la robe rose doit avoir huit ans environ. Une frite à la main, elle parle posément au papa taciturne qui taquine sa salade du bout de sa fourchette. « Tu as pensé à prendre mes deux lapins ? Non ? Zut, moi non plus !… » Le papa répond d’un sourire. « Tu sais, il pue, mon deuxième lapin. Il va falloir qu’on le lave. Je me demande comment je...

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Henriette

(Portraits #4, réédition) Après Maurice, Kevin et Romain et la petite fille, voici Henriette, rencontrée au cours de l’été 2010. Elle, je l’avais enregistrée au dictaphone. Les expressions transcrites ici ne le sont pas pour “faire pittoresque”, mais simplement parce qu’elles sont fidèles. Je n’ai pas trouvé “minseille” et “minser” dans les dictionnaires de français régional à ma disposition, j’en ai donc inventé l’orthographe. Une “pouche” est un sac, le plus souvent en toile, qu’on utilisait lors de la cueillette des pommes. Les pois de mai sont des haricots (semés en mai, d’où leur nom) dont les rames sont très hautes. Ils constituaient l’ingrédient principal d’une soupe extrêmement...

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Au café

(Portraits #5, réédition) Dimanche de fête des mères sous un ciel voilé. Une humidité et une grisaille compactes comme des balles de coton se sont répandues dans le centre-ville. Seuls quelques rares bruits de moteurs crèvent le silence mou de la mi-journée. Je m’installe dans un café lumineux. Couleurs pastel et carrelage clair sur lesquels la vie pourrait glisser. J’ai choisi ce lieu parce qu’il est calme et que dehors, il fait un peu froid pour écrire. D’habitude, j’aime mieux les endroits plus sombres, ceux qui n’ont pas peur de la pénombre, ni de la poussière ou des aspérités. J’aime aussi l’archéologie des fonds de verre qui s’oublient, des journaux froissés sur un coin de table, des...

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Michel

(Portraits #6, réédition) Suite de la série de portraits. Cette fois, c’est Michel, croisé le 25 octobre 2010. Le soleil d’automne glisse le long des pentes herbeuses avant d’exploser sur le muret de la ruelle de la Grenardière. La lumière se joue des haies. Elle les contourne et les traverse tout à la fois, se diffracte en taches irrégulières, rebondit, enveloppe. Elle rhabille le paysage d’une gaieté sereine qui laisse les corbeaux tout désemparés. Au loin, le château semble surgir de terre. Une gerbe de bosquets flamboie à ses pieds. La ville est là, tout près, discrète. C’est à peine si l’on distingue l’écho sourd d’un chantier en contrebas, les rires d’un groupe d’écoliers, les bruits...

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Sader et Ludo

(Portraits #7, réédition) « Tu fais un livre sur les gens de PetiteVille ? Alors là, mon gars, faut que tu parles des contrôles abusifs de la gendarmerie ! » Ils ont 21 ans chacun et le tutoiement facile. Comme souvent, ils se sont installés sous le saule, au bord de l’eau, pour discuter et boire une bière. « C’est un lieu reposant… Ici, je me ressource », dit Sader, le blond mince dans un blouson rouge. « Si on vient tous les jours ? Oh non… Disons quatre-cinq fois par semaine », explique son pote Ludo, cheveux bruns et tatouage autour du biceps. « Tu nous as vus en arrivant : on ne fait pas de bruit, on parle tranquillement, on jette nos canettes vides dans la poubelle, on ne dérange...

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Laurène

(Portraits #8, inédit) Si j’en crois mes archives, celui-ci date du 28 mai 2010. Pour être honnête, je l’avais complètement oublié. Ils avancent en échangeant de tendres reproches, les bras chargés de paquets aux couleurs d’Eurodisney. « Avance, mais avance ! Regarde où tu vas ! Fais attention, tu vas faire tomber le sac ! » Ils se parlent comme un vieux couple, mais ils ne sont que frère et sœur ; pour l’aller et retour qu’elle vient d’effectuer « sur » Paris, Laurène a demandé à son meilleur ange gardien de veiller sur elle. C’est que cette étudiante de 21 ans n’a pas encore complètement quitté le giron familial. Elle poursuit ses études à PetiteVille, mais vit toujours chez ses parents....

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