mars 2011

vendredi 11 mars 2011

Nuit blanche

J’ai toujours aimé les nuits blanches. À la fin de l’enfance, j’en faisais souvent avec mon meilleur ami : on parlait de filles, de sexe et d’avenir toute la nuit, en étouffant nos rires pour ne pas se faire gauler. Ensuite, au tout petit matin, on filait au creux de la forêt pour voir si l’aube allait traverser la brume. Plus tard, comme tout le monde, j’en ai passé des joyeuses, des laborieuses, des imprévues, des larmoyantes, des anxieuses, des hilares. J’ai vu l’obscurité devenir blême à cause de clés de camion perdues en rase campagne, d’articles à finir d’écrire, de veillées funèbres ou de la contagion d’un grain de folie suspendu dans l’air chaud. Ce que j’aime par dessus tout, c’est...

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jeudi 17 mars 2011

L'épaule

Ces dernières semaines, la belle que voilà a travaillé d’arrache-pied sur l’analyse d’une œuvre de Stravinsky. Jour et nuit, elle a écouté, réfléchi, disséqué ; elle a escaladé les reliefs de la musique, elle en a exploré les courbes, elle a traqué les regards et les gestes du compositeur, elle s’est amusée à déjouer ses envoûtements ; et de tout ça, elle a tiré un texte lumineux. Jour après jour, sa pensée en arborescence n’a pas cessé de faire des floraisons, et je peux vous dire que c’était drôlement contagieux de la voir jubiler à chaque nouvelle trouvaille. Bref, elle a passé un gros paquet de nuits blanches sur ce travail de titan qu’elle a fini hier midi. Alors, le soir, pour la...

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vendredi 25 mars 2011

Relais

J’avais dix ans et je me souviens précisément de cette journée-là. Je ne me rappelle plus si c’était un dimanche ou un mercredi, mais c’était un de ces jours tapissés de langueur poisseuse, un de ceux où l’on ferait n’importe quoi pour se hisser vers l’air frais. Dans les toilettes, mon grand frère avait laissé traîner le livre qu’il étudiait au collège ; alors je l’ai vaguement examiné. Il y avait la trombine de l’auteur sur la couverture, un vieux mec avec une expression bizarre et un mégot au coin du bec : Comme sa tronche me plaisait, j’ai feuilleté le bouquin. Nonchalamment. Et paf ! C’est comme si une fenêtre venait de s’ouvrir en claquant et qu’un monde insoupçonné en profitait pour...

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